J’ai reçu un coup de téléphone de la rédaction, dont le contenu pourrait se résumer à peu près à ceci: ‘Stéphane, j’ai ici deux guitares, qui ne sont vraiment pas mal, avec des micros Seymour Duncan, des mécaniques Gotoh à blocage, ...’. ‘Ca me paraît bien, c’est quelle marque?’ ’Une nouvelle marque dans la gamme du groupe EMD: Lodestone’. ‘Hmm, jamais entendu parler, mais je suis curieux de découvrir de quoi il s’agit, envoie-moi l’affaire’. Et étant donné que les envois Taxipost aujourd’hui prennent souvent plus de temps qu’à la bonne époque des relais de poste et des carrioles à cheval, j’ai eu largement le temps d’aller jeter un coup d’œil sur Google en tapant ’Lodestone’...
GENERAL
Concept
Lodestone est donc une toute nouvelle marque qui nous vient du Royaume-Uni. L’Angleterre n’est pas forcément la patrie des marques de guitare les plus réputées. On connaît bien sur Burns, Patrick Eggle, Vox et Chris Larkin, et je dois même faire un effort pour ajouter un nom à la liste… en tout cela vient de changer puisqu’on peut dorénavant placer Lodestone sur le même rang. L’objectif des gens qui ont fondé la marque est d’offrir une guitare moderne avec une facilité de jeu, un son et un look exceptionnels. La marque Lodestone s’appuie pour y arriver sur certaines innovations. La plus remarquable est sans doute la tête du manche renversée, mais les pontets du chevalet en céramique, les mécaniques à blocage Gotoh, la peinture polyuréthane et les formes ergonomiques apportent aussi leur contribution à une réalisation pas tout à fait comme les autres.
Mode d’emploi
Vous avez remarqué qu’il est assez rare qu’une guitare neuve soit accompagnée de son mode d’emploi? Hé bien, ici, on sort de l’ordinaire puisque l’on trouve non pas un, mais deux différents manuels dans la housse (fournie). Les deux sont exclusivement rédigés en anglais. Le premier porte sur la guitare Lodestone elle-même et fournit de l’information à propos de la garantie (à vie pour le premier propriétaire!), l’entretien, les contrôles et micros, et aussi le remplacement et l’accordage des cordes. Le deuxième manuel est celui des ‘Gotoh Magnum Lock tuners’. Un A4 très clair explique tout ce que l’on doit savoir à propos des mécaniques. Je vous livre juste une petite réflexion: sur la guitare, on trouve bien les Gotoh Magnum Lock tuners, mais dans le mode d’emploi Lodestone, on nous explique comment fixer une corde à une mécanique conventionnelle (sans système de blocage, donc).
Accessoires/Options
Rien que des louanges dans ce chapitre, parce que nous avons vraiment été ébahis. Dès que l’on déballe l’engin, on tombe sur une housse Lodestone joliment réalisée. Et quand on l’ouvre et que l’on pense tomber sur la guitare, on découvre alors une deuxième housse, plus légère dans laquelle se trouve la guitare. Plus loin, on trouve encore six pontets de chevalet pour ceux qui préfèrent cette option à la céramique, un bras de trémolo et un jeu de clés de réglage.
Image
Difficile d’aborder le chapitre de l’image en ce qui concerne une nouvelle marque, étant donné qu’il n’en existe pas encore. Nous devrons donc nous concentrer sur les caractéristiques de l’engin et son look, mais ces éléments sont tout sauf décevants.
Finition
Au rayon finition, je peux vous garantir que nous sommes dans les plus hautes sphères. Les potentiomètres, le sélecteur 5 positions, la fiche jack,... tout est parfaitement profilé à la surface du corps. La peinture est tout simplement parfaite, mieux même qu’une voiture de luxe, superbe! On remarque aussi des coins et des plis aménagés dans le corps de l’instrument, ce qui lui donne une apparence hors du commun et un caractère très particulier.
CONSTRUCTION
Pour ce test, nous avons reçu deux guitares presque identiques. La Electric Artist S a une table en ‘Quilted Maple’ et une plaque de protection blanche, alors que la Electric Pro n’a ni une table en bois spécial ni une plaque de protection. Pour le reste, ces guitares sont très semblables, à part le fait que le corps de l’Artist S est un peu plus épais que celui de l’Electric Pro, ce qui contribue à la qualité du sustain et du son. On notera aussi un choix de micro un peu différent pour l’Artist S par rapport à l’Electric Pro, mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans le chapitre suivant.
La tête est sans doute une des caractéristiques les plus marquantes de ces guitares Lodestone. Les mécaniques sont penchées vers l’arrière, de manière à améliorer l’ergonomie de l’accordage, mais aussi afin de garantir un alignement le plus rectiligne possible par rapport au sillet de tête, afin de réduire au minimum la friction des cordes à cet endroit crucial. Et oui, ça marche et je suis à fond pour ce genre d’innovations qui apporte quelque chose de mieux. Je dois juste avouer que je ne suis pas franchement emballé par l’esthétique de l’ensemble. La tête du manche est évidemment un élément très important de l’esthétique générale d’une guitare. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais j’aurais personnellement préféré une forme qui soit plus en rapport avec la forme du corps. Le manche et la tête sont bien réalisés dans un seul morceau d’érable (avec une touche en palissandre par dessus). Et on a besoin d’un bon gros morceau de bois pour réaliser une pièce comme celle-là, c’est d’ailleurs un détail que l’on ne retrouve que sur les guitares les plus chères.
Parlons un peu du corps de la guitare. Il est complètement réalisé en aulne, avec une table en Quilted Maple uniquement dans le cas de l’Electric Artist S. La forme générale fait évidemment penser au type de la stratocaster, mais pour le reste, elle n’a pas grand-chose à voir avec cette légende.
Le hardware utilisé est de très haute qualité. Ce qui frappe le plus ce sont les pontets du chevalet en céramique blanche. La céramique est sensée apporter un meilleur sustain et une meilleure intonation. Ceux qui n’apprécient pas la céramique auront l’opportunité de replacer des pontets en métal qui sont livrés avec l’instrument. Les mécaniques Magnum Lock font partie du haut de gamme chez Gotoh. Les cordes sont fixées grâce à une pièce qui est vissée dans la partie supérieure de la mécanique. Mon seul souci est que l’on doit visser cette pièce à l’aide d’une pièce de monnaie ou un tournevis. Si les mécaniques sont neuves, pas de problème. Mais que se passe-t-il après une centaine de changements de cordes? Les mécaniques se montrent très souples et offrent une bonne réduction qui permet d’accorder les cordes avec beaucoup de précision. Et c’est très agréable de constater que les deux guitares restent longtemps accordées une fois que l’on a fait le réglage, même avec une utilisation intensive du trémolo.
ELECTRONIQUE
Pour l’Electric Pro, on a choisi du Seymour Duncan: SSL-6 single coils pour le micro manche et le micro intermédiaire, et un SH-4 JB humbucker pour le chevalet. Une excellente combinaison à mon avis, mais j’aurai l’occasion d’y revenir. L’Artist S est aussi équipée en Seymour Duncan, mais de modèles différents: SSL-2 pour les simples bobinages coils et SH-1B ‘59 pour le double bobinage. Le sélecteur 5 positions semble très solide, sans être trop dur à manoeuvrer, et les potentiomètres réagissent de manière souple et intuitive.
ERGONOMIE
Comme je vous l’ai déjà signalé, la tête de cette guitare est orientée vers l’arrière selon un angle d’environ 45°, notamment pour des questions d’ergonomie. Cela permet à la main de prendre une position plus naturelle, plus détendue, lors des manipulations des mécaniques pour l’accordage. Par rapport à une disposition des mécaniques du type ‘3 par côté’, il s’agit là d’une véritable avancée. Quand on dispose les mécaniques toutes du même côté, l’ergonomie s’en porte mieux, à condition que les clés soient disposées sur la partie supérieure, bien entendu.
Question poids, l’Electric Artist S est un peu plus lourde que l’Electric Pro, mais dans les deux cas, on reste dans des limites raisonnables. Même après une soirée de plus de trois heures, je n’avais pas à me plaindre du poids, aussi parce que le corps est bien équilibré. La position debout comme la position assise se montrent toutes deux assez confortable. Le talon du manche profite d’un profil bien étudié qui permet d’atteindre sans problèmes les plus hautes cases, et les contrôles se trouvent précisément là où on s’attend à les trouver (pour un modèle du genre ‘strat’). Les deux guitares étaient parfaitement réglées lors de la réception, ce qui n’arrive pas si souvent. La facilité de jeu est particulièrement bonne (je dirais même délicieuse). En ce qui concerne l’ergonomie, les guitares Lodestone sortent donc du lot, mais tendons l’oreille pour juger du...
QUALITES SONORES
Outre la facilité de jeu et le look, le son est évidemment une caractéristique importante d’une guitare (c’est aussi le cas de n’importe quel appareil audio). Le SH-4 JB est un humbucker d’une qualité supérieure. Les deux JB dans le nom ne sont rien d’autre que les initiales d’un grand monsieur: Jeff Beck. Ce double bobinage sonne bien gras, très rond et chaud, avec suffisamment de sortie pour être bien agressif, mais pas trop pour veiller à ce que la définition soit toujours bonne. En ce qui me concerne, il s’agit d’un de mes humbuckers favoris, autant en raison de son caractère bien trempé qui lui permet d’explorer tous les horizons. Le simple bobinage SSL-6 le côtoie à merveille. Ces deux single coils sonnent de manière puissante, claire et chaude, en s’adaptant à tous les styles musicaux. Ce que j’apprécie dans cette combinaison, c’est qu’il n’y a presque pas de différence de niveau entre les single coils et le humbucker. Dans d’autres configurations, le humbucker sonne très souvent beaucoup plus fort que les simples bobinages, ce qui peut poser des problèmes dans certaines situations. Ici, on est face à une combinaison de micros très réussie, de crème de la crème pour tous les genres importants. Ce n’est que dans le métal extrême que l’on se retrouvera un peu court. Et c’est ce qui explique la popularité des éléments actifs dans ce style musical.
La combinaison des micros de l’Electric Artist S s’en tire aussi bien. En ce qui concerne les SSL-2, il y a très peu de différence avec les SSL-6. Ils sonnent juste un tout petit peu moins chaud, mais c’est largement compensé par la chaleur du corps en aulne et de la table en érable. Le humbucker SH-1B ’59 se comporte très bien en combinaison avec les simples bobinages. Ici aussi, très peu de différence de volume. Le son du humbucker est un peu plus traditionnel. Il sonne donc un peu plus clair, mais toujours avec beaucoup de définition. Evidemment, la réponse de ces guitares est excellente. Les micros réagissent parfaitement aux subtilités du jeu et offre de très nombreuses possibilités dynamiques.
BUDGET
Si vous avez lu ce test, vous vous attendez très certainement à un prix élevé. Evidemment, la qualité a un prix. On ne trouve pas de guitare d’entrée de gamme avec des micros Seymour Duncan ou une table en érable pommelé. Il s’agit là de caractéristiques que l’on ne trouve que sur des instruments très chers, et si l’on estime ces guitares Lodestone à leur juste valeur, on peut dire que le prix est raisonnable. Vous paierez 1530,90 euro (prix brut conseillé TVA incluse) pour l’Electric Pro. Pour l’Electric Artist S, en raison de sa table en Quilted Maple, vous devrez débourser 1859,17 euro (prix brut conseillé TVA incluse).
CONCLUSION
Lancer une nouvelle marque sur le marché présente toujours un risque. Et surtout quand on place la barre si haut, je dis donc ‘chapeau’ à ces messieurs de Lodestone. Ils réalisent ici un superbe départ, et démontrent qu’ils font preuve d’une sérieuse dose d’assurance, de maîtrise et d’audace. En matière de facilité de jeu et de son, ces guitares Lodestone scorent réellement, et le prix est franchement raisonnable. Cela donne envie d’en découvrir plus.