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Meet Music Magazine review: Rane TTM57SL + VideoSL
       Rane TTM57SL + VideoSL
[ Auteur: Jens Blaute ]  [ Edition: Nr.67 - Juillet 2008 ]

Lundi matin. Je trouve une note du facteur dans la boite aux lettres. Le (ou la?) Rane TTM57SL m’attend au bureau de poste. Impatient, je me hâte chercher le collis pour pouvoir ensuite soumettre le nouveau bolide de mixage de Rane à une série d’expériences et des épreuves extrèmes. Les lecteurs attentifs entre vous se souviennent bien entendu que nous avions déjà testé cette table antérieurement (DJG 44, août 2006), mais comme cette fois une extension est prévue, plus précisément un plug-in vidéo, on la rééxamine de nouveau, et plus en détail cette fois.
Les tables de mixage Rane sont réputées depuis longtemps pour leurs faders, la qualité du son et la durabilité, tous de qualité supérieure. La collaboration avec Serato pour l’interface Scratch Live et les logiciels complémentaires a eu un tel succès, qu’une table avec interface et pilotage intégrée était inévitable. Le résultat? Le TTM57SL est une console à deux canaux qui offre tout ce que l’on peut attendre d’un battle mixer haut de gamme et est simultanément une interface audio de haut niveau qui pilote tout le soft Serato, et qui met à disposition des options créatives et intéressantes pour des performances live, comme par exemple le sampling live de loops depuis les vinyls ou l’entrée micro, contrôler plusieurs paramètres d’effets simultanément et bien plus encore. Important également, le plug-in VideoSL fourni , qui permet de commander des fichiers vidéo de la même manière que des fichiers audio! Dire que cette nouvelle recrue de Rane n’est qu’une mise à jour de la TTM56 est donc une sous-estimation. Nous allons voir ce que cette nouvelle bête a réèllement dans le ventre.


DESCRIPTION


Tout d’abord, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le programme Scratch Live de Serato: il s’adresse au DJs, et voit sa popularité croître depuis début 2004 chez de nombreux DJs de tous genres, tant chez les mixeurs purs que chez les tourneurs de platines. Ce soft permet en effet de jouer et de manipuler l’audio digital avec deux vinyls ou CDs pourvus d’un time code digital. On peut donc remplacer (ou compléter) la lourde caisse de vinyls et/ou CDs par un PC portable pourvu de la musique et du soft SL. Il permet également de gagner énormément de temps lors du mixage, pour la sélection des morceaux, ce qui offre d’autres possibilités créatives.
Le TTM57SL est un battlemixer à deux canaux avec des faders configurables, entrée micro supplémentaire et entrée auxiliaire, port USB 2.0 pour la connection au PC, ce qui en fait une interface audio très valable, et qui permet bien sûr la communication avec Scratch Live. Il offre une panoplie d’effets limitée mais performante qui peut être adaptée dans le programme et pilotée depuis la console.
Le collis qui m’a été livre comprend la table avec les câbles nécessaires (alimentation, USB,…), un manuel très détaillé et clair, le logiciel Serato Scratch Live, le plug in VideoSL avec la licence d’utilisation (attention, celle-ci est vendue séparément), deux CDs et deux vinyls Scratch Live avec le timecode pour piloter les fichiers audio. On avait également inclus un DVD de démonstration qui donne un aperçu des possibilités de ce monstre. Ce DVD est disponible gratuitement, mais n’est normalement pas fourni d’origine.

HARDWARE & CONNECTIONS


Le lay-out de la surface de commande trahit que cette console de mixage a été conçue dans un très grand souci de performance, d’ergonomie et de longévité. Un second regard permet déjà de voir ce qui se passe. Ler panneau est divisé en trois grandes parties. Les faders sur la partie inférieure, les commandes pour le logiciel au centre, et au-dessus et à côté de tout cela, tout ce qui a traît au son: égalisations, gains, entrée auxiliaire, niveaux de sortie, et un petit switch on/off d’apparence presque antique pour le canal microphone.
Le panneau des faders a visiblement été repensé si on le compare au TTM56, il n’y a plus de boutons à proximité des faders, afin que même le DJ le plus expressif ou hypercynétique ne doit pas se soucier d’enfoncer un bouton quelconque ou d’activer un fader reverse. Seuls les fader reverse et les réglages de courbes sont situés quelques centimètres au-dessus des faders, mais ce sont des mini-faders encastrés dans le panneau, donc à l’abri des accidents.
Les faders sont du type magnétique “no contact, développés par Rane. Cette technologie empèche que des poussières ou une usure éventuelle ne causent aucune panne ni de bruit.
Le panneau de contrôle pour le soft consiste en 8 poussoirs, deux boutons rotatifs et deux joy-sticks miniatures. Ceci permet de commander toute une panoplie de commandes et de paramètres, tels que cut, reverse, choix des decks, assigner des effets, charger des morceaux, dédoubler des pistes d’un deck sur l’autre, régler les délais, taper des tempos, et ainsi de suite. Le plug in VideoSL peut également être commande extensivement depuis la console. La boîte de VideoSL contient par ailleurs deux caches en carton qui se mettent sur la partie centrale de la table et qui expliquent les commandes du plug in vidéo.
Le TTM57SL envoie automatiquement la pré-écoute au casque, donc pas de boutons cue/pfl, mais un crossfader pour switcher entre les canaux 1 et 2, un bouton séparé pour écouter la sortie Master, et bien sur un réglage de volume pour le casque. Pour le reste, on trouve sur des rangées verticales, de gauche à droite, un canal microphone avec égalisation deux bandes, et le petit switch on/off très pratique déjà décrit et le volume de l’entrée auxiliaire; les canaux 1 et 2 avec leur égalisation individuelle trois bandes et des poussoirs “instant kill” pour chaque bande; notons particulièrement les sélecteurs Source (un par canal) très importants , qui offre le choix entre les deux entrées analogiques (phono et ligne) et les deux canaux digitaux (donc les decks virtuels en soft); les réglages pan et gain; tout à fait à droite on trouve les niveaux de sortie, main, booth et auxiliaire. A côté de l’égalisation des deux canaux, se trouve le poussoir FlexFX. Celui-ci envoie d’une simple pression l’audio du canal concerné par les FX send/return pour l’utilisation de processeurs d’effets externes, comme par exemple le KaossPad de Korg, très populaire.
Toutes les entrèes et sorties se trouvent à l’arrière de la table de mixage. On y trouve quatre entrées identiques universelles sur RCA, avec une sensibilité ligne ou phono commutable individuellement, deux masses séparées pour les platines analogiques, une entrée Aux et une sortie Aux, également en RCA, une entrée microphone balancée en Jack _” TRS. Pour la sortie booth, la sortie pour le booth du DJ dans les systèmes de clubs plus importants, on a prévu deux Jacks _” TRS balancés. Pour la sortie principale on dispose de deux connections XLR balancées.
De plus, on retrouve bien entendu la connection USB, qui permet la communication avec le logiciel, voyons plus loin comment ceci se présente.

LOGICIEL


Le programme occupe dès le départ tout l’écran, pas de fenêtres, mais une application plein-écran, qui semble sobre mais efficace. Le test ultime est bien entendu de se lancer sans avoir regardé le manuel. Les deux vinyls sur les platines, le câble USB en place et allons-y.
C’était en effet aussi facile que ça en avait l’air. En moins de dix minutes, ma collection de musique de plusieures dizaines de Gigas était importée, et tournait sur les deux decks virtuels. Un search-bar, qui ressemble étrangement bien à la fonction de recherche de iTunes, se trouve au milieu, à droite de l’écran, et fonctionne suivant le principe “search as you type”. Il permet de retrouver les morceaux en un minimum de temps dans une bibliothèque gigantesque. Pour charger un track, il suffit de le traîner (avec la souris) vers le deck choisi, et il est prêt pour être mixé sur les decks ou lecteurs de CD. L’interface est comparable à d’autres produits DJ, tels que Virtual DJ ou Traktor DJ. Mais bien des choses se cachent derrière les écrans… Le manuel nous apprend qu’il faut d’abord calibrer les disques et les entrèes digitales dans le programme. C’est un processus fort simple qui est bien expliqué, pas-par-pas, et qui dure à peine deux minutes. Avec la plupart des installations home ou studio où peu de bruit externe peut perturber le signal, ce sera presque pas nécessaire. La toute première fois qu’un track est joué, SL en calcule le graphique entier, et le montre tel qu’il est reproduit au centre de l’écran, en temps réel. Ceci peut être réglé tant verticalement qu’horizontalement. Dès que le TTM57SL est connecté, un écran supplémentaire, identique au panneau de contrôle de la table, est activé. Ici, on peut assigner des effets aux différents canaux, et paramétrer les effets.
L’offre des différents effets est limitée aux délais, filtres passe-haut et passe-bas, flangers et reverse, mais ils sont par contre plus élaborés que sur la plupart des autres platines DJ à effets intégrés, ainsi, par exemple, il est possible d’assigner un delai au premier canal, taper simultanément le tempo, modifier le temps de délai synchronisé et commander le feedback et la balance wet/dry, tout ceci depuis la table de mixage. La fonction reverse a un avantage plaisant, de continuer le track là où il aurait été normalement dès que le reverse est arrêté, ce qui n’est pas un détail: on peut, sans soucis, utiliser un effet reverse sans perdre la phase, le tempo ou le groove du track.
Le plug in VideoSL est au centre de l’interface software, et dispose de trois écrans, deux qui permettent de charger des séquences vidéo, et directement reliès au deux canaux digitaux. Le troisième montre le signal tel qu’il sera transmis à la sortie vidéo. On peut assigner les faders à un “video fade”, faire des boucles vidéo, même les égaliseurs peuvent être assignés à des effets et le crossfader peut être utilisé pour faire des transitions entre images.

POSSIBILITES & APPLICATIONS


La combinaison du plug in VideoSL et du TTM57SL ouvre un tout nouveau monde au DJ, lui permettant de piloter tout seul (!) tant l’audio que la vidéo. Elle se prète de manière convaincante au remixage en live de clips vidéo et de musique. Le fait que le son et l’image sont toujours manipulés de manière synchrone est une expérience innovante et un challenge pour le DJ, et offre au public une nouvelle sensation audiovisuelle. Pioneer s’est lancé au début de l’année sur cette piste avec le SVM 1000 (DJG 63 de mars 2008), qui combine le pilotage du son et de l’image de manière professionnelle. Rane et Serato montent d’un cran en reliant directement le contrôle de l’image au contrôle du son.
Il est en outre possible de créer des live loops, et de les jouer directement sur un des canaux, les manipuler, scratcher, mixer des morceaux, mixer avec d’autres loops, et bien plus encore. On peut également, avec un seul click du joystick, dédoubler le track qui joue sur une piste sur la seconde, ce qui permet aisément des trucages tels que double beats, beatjuggles, live delay…
La fonction primaire du TTM57SL reste bien sur le catalogage d’archives musicales complètes et de les emporter sans problème quand on va tourner. Les producers peuvent par exemple passer directement leurs propres morceaux terminés sans avoir à graver des CD ou faire faire des dubplates. La diffusion de musique qui n’a jamais été disponible en CD ou vinyl est d’une simplicité! Pour les DJ qui se déplacent beaucoup, SL est bien sûr l’alternative par excellence au lourds bacs à disques, sans avoir à abandonner du contrôle ou changer de technique de travail.

QUALITE SONORE


On sait que Rane développe en tout premier lieu du matériel audio de très haut niveau, et sélectionne attentivement des composantes de qualité en fonction de leurs caractéristiques. Eh bien, c’est à nouveau démontré dans cette superbe table de mixage qu’est la TTM57SL. Le son est extrèmement clean, puissant et brillant, tant sur la chaîne hifi à la maison que sur des moniteurs et grands PA de clubs, le bruit est très limité, même avec un gain bien ouvert.
Et puis, et j’attend depuis le début de l’article pour sortir cette phrase: “les EQ sont musicaux!”. Je veux dire par là qu’ils ont un gain de type “bell” très agréable et puissant (mais pas trop), ce qui permet de booster des bandes de fréquence sans avoir à trop se soucier de la santé des haut-parleurs. De plus, l’atténuation (ou downward gain) des trois bandes est très puissante, jusqu’à les couper entièrement. Cela change de toutes ces tables de mixage dont l’égalisation est soit trop faiblarde, soit trop agressive, et qu’on peut à peine toucher. La qualité du son des canaux digitaux est bien entendu directement dépendante de la qualité des fichiers audio. Des fichiers mp3 à 320 kbps ou des fichiers wav PCM sans compression seront bien sûr plus clairs et plus pleins que des fichiers mp3 à 96 kbps.

BUDGET & CONCLUSION


Le prix de ce bijou est 1599 euros; le plug in VideoSL revient à 199 euros (prix brut conseillé, TVA comprise). Pas un petit investissement, mais il vaut chaque centime que vous débourserez. Les innombrables possibilités, le facilité exemplaire d’utilisation, l’excellente qualité du son et la qualité de construction irréprochable valent bien mieux que l’argent dépensé. L’expérience artistique de pouvoir combiner en live le son et l’image est un monde qui a certainement un avenir insoupçonné devant lui. Magnifique de la part de Rane et de Serato de se lancer à l’eau et d’innover à haut niveau. Dites, monsieur le distributeur, je peux la conserver encore un peu?


PROCONTRA
  • EQ musicaux et effets
  • robustesse
  • facilité d’utilisation
  • looping live micro ou canal
  • contrôle MIDI dès la version 1.8
  • pas de support pour 3 decks, si jamais
  • exigeances PC (hardware) solides pour le plug in VideoSL
  • nombre d’effets limités