[ Auteur: Tim Van Roy ] [ Edition: Nr.218 - Février 2007 ]
En tant que rédacteur, on voit souvent dans les magasins du matériel dont on se dit: “Mais pourquoi donc n’en ai-je jamais un à tester?” Et c’est au moment où vous pensez que cela n’arrivera jamais que le rédacteur en chef vous fait une surprise, sous la forme d’une grosse boîte portant une inscription de grande taille: ENGL! Etant donné que pour l’instant, je suis encore bien entraîné dans le déballage de cadeaux (Noël est a peine passé au moment où j’écris ces lignes), l’emballage se retrouve en moins de deux dans un coin de la pièce. Devant moi trône la dernière née des têtes d’amplis Engl, j’ai nommé l’Invader 150. Je la regarde un peu comme une sorte de “petit cadeau en plus” pour fêter mon 100ème article (eh oui, tout va si vite, mais c’est bel et bien mon centième article pour ce magazine !).
GENERAL
Concept
L’Engl Invader 150 est un ampli à lampes doté de tous les gadgets modernes que l’on peut imaginer. C’est par ce biais que Engl essaie de proposer une flexibilité optimale. On a pensé à tout: deux boucles d’effets réglables, des ‘voicings’ de gain propres à chaque canal, etc … Le problème, quand on se trouve face à une multitude de fonctions, c’est que l’utilisation devient rapidement complexe … Mais ici aussi, on a pensé à tout chez Engl. En tout cas, ils nous promettent une utilisation très intuitive, et ce, malgré toutes ces possibilités. Cela m’a rendu curieux …
Esthétique
Les amplis Engl sont la plupart du temps très stylés, sans pour autant perdre leur caractère empreint de robustesse. Dans le cas présent, rien n’est moins vrai. L’Engl Invader 150 peut parfaitement se plier à tous les styles: que ce soit dans un groupe pop ou une formation de metal, son look lui permet d’être à l’aise partout. Naturellement, la combinaison du noir et du chromé est une méthode qui a fait ses preuves, mais ce n’est pas pour cela qu’elle en est moins efficace. De même, le “coup” des lampes visibles derrière ces espèces de gros “rails” est un coup de maître.
Notice d’emploi
La notice d’emploi n’existe qu’en anglais et en allemand. Il y a aussi un petit bouquin séparé expliquant les précautions à prendre, et là, on y trouve les explications utiles en néerlandais et en français (entre autres). La notice d’emploi proprement dite donne toutes les explications utiles sur les différentes parties de l’ampli … mais il faut déjà en connaître un bout sur les amplis pour pouvoir utiliser la notice d’emploi à bon escient. Ainsi, on n’hésite pas à employer des termes plus compliqués, et dans certains passages, il faut parfois relire afin de comprendre précisément ce dont il s’agit. Vraisemblablement, Engl part du principe que son Invader 150 sera acheté avant tout par des connaisseurs, car dans le cas contraire, ils auraient donné les explications dans un langage un peu plus simple.
CONSTRUCTION
Enciente
En regardant cet Invader 150, j’ai tout d’un coup eu un “flash” et je repense à l’Orange Thunderverb que j’ai testé récemment. La conclusion sur cet ampli pourrait également être valable pour l’Engl Invader 150: l’ampli est construit comme un tank, mais le poids est à l’avenant! Les épaisses parois semblent être un rempart contre tout ce qu’il peut arriver à un musicien dans sa vie “de tous les jours”. Rien que les coins de protection en métal semblent tellement solides qu’ils donnent l’impression de pouvoir encaisser tous les coups possibles sans broncher. Les barres de métal qui se trouvent devant les lampes dégagent aussi la même impression, et le panneau de commande ne fait pas exception par rapport au reste.
Finition
Si la construction est solide, la finition n’est pas en reste. Nulle part sur l’Invader on ne trouve de raccord dans le revêtement, rien ne laisse supposer qu’on pourrait prendre les ouvriers d’Engl en défaut à ce niveau. Les coins de protection sont également fixés pour durer, tout comme la poignée et la grille de ventilation. Il n’y a même pas moyen de trouver la moindre vis qui pourrait donner l’impression de pouvoir se dévisser. Au poil!
POSSIBILITES
Connexions
Sur le panneau avant de l’Invader, on ne trouve qu’une entrée: le jack d’entrée pour la guitare. Pour toutes les autres connexions, il faut se reporter à la face arrière. C’est là qu’on trouve en première position (si l’on regarde de gauche à droite) la prise secteur suivie d’un interrupteur de prise de terre. Ensuite viennent les connexions MIDI pour un pédalier MIDI, à savoir les prises MIDI IN et MIDI THRU. En fait, on n’a pas utilisé des connexions MIDI standard, mais une variante à cinq broches au lieu de sept. De cette manière, le pédalier MIDI construit par Engl devient naturellement le meilleur candidat possible! Après les connexions MIDI, on trouve un interrupteur d’alimentation fantôme pour ledit pédalier. Celle-ci ne peut être activée que si l’on utilise un pédalier Engl! Après les ports MIDI, on trouve deux jacks de connexion, eh oui: de nouveau un interrupteur. On a donc le choix entre deux systèmes de connexions: MIDI et/ou jack. Ensuite, on rencontre les connexions pour deux boucles d’effets, chacune avec un envoi et un retour. Et ce petit tour se termine avec les sorties. On a droit à deux signaux de sortie: une sortie préampli et une sortie ligne. Enfin, on ne trouve rien moins que cinq connecteurs (jacks) pour les enceintes de haut-parleurs: 2 sous 4 Ohm,s 2 sous 8 Ohms et 1 sous 16 Ohms.
Panneau des commandes
En soi, les possibilités de ce panneau de commandes ne sont pas étendues au point d’en être spectaculaires, mais pour autant, cela ne les rend pas moins attrayantes. On a droit à quatre canaux séparés, qui sont également dotés chacun d’une section complète d’égalisation et de volume. Font aussi partie du lot, un interrupteur ‘bright’ (seulement pour les canaux 1 et 2) et un ‘gain shaping’ (en fait, deux variantes par canal) qui permet d’offrir une palette particulièrement étendue de sons saturés. Ensuite, sur les canaux 2, 3 et 4 (les canaux dont on va sans doute se servir pour les sons saturés), on peut aussi mettre un noise gate en fonction. Enfin, il y a encore les fonctions liées à l’ampli de puissance, qui ont une influence sur tous les canaux, à savoir, les boutons ‘presence’ (pour les aiguës) et ‘depth punch’ (pour les basses).
Effets
Il n’y a pas d’effets prévus sur l’Invader 150, mais selon ses envies, on a la possibilité de brancher des effets via les deux boucles d’effets. On peut également configurer ces boucles comme on le désire (en série ou en parallèle) et assurer le réglage fin via les fonctions ‘mix’ séparées.
ERGONOMIE
Architecture
Malgré son grand nombre de fonctions, l’Invader reste très compréhensible, que ce soit pour le programmer ou pour le faire fonctionner. Les quatre canaux ont exactement la même implantation sur le panneau avant, et ils sont clairement délimités par le bouton de mise en service propre à chaque canal. Les autres boutons poussoirs, eux aussi, sont tous implantés suivant un principe clair. Les boutons poussoirs qui ont une influence directe sur le son (bright, hi-gain) sont tous situés à gauche de l’ampli. Quant aux boutons poussoirs qui ont une fonction système, ils sont tous à droite (FX loop, Noise gate, Master A/B et write/copy).
Utilisation
L’utilisation ne peut pas être plus simple: il faut juste tourner les boutons jusqu’à ce qu’on arrive au son désiré. Le seul moment où on peut éventuellement se tromper, c’est quand on doit décider si on a recours aux interrupteurs bright et hi gain, mais c’est bien le seul endroit délicat. Les autres fonctions, comme le noise gate, sont expliquées en détail dans la notice d’emploi. On y glane quelques conseils pour travailler au mieux, et la plupart du temps, ces “petits trucs” sont très pratiques lorsqu’on utilise concrètement l’appareil. Les fonctions MIDI demandent à être un peu plus approfondies dans la notice d’emploi, mais c’est pratiquement toujours le cas pour des appareils qui fonctionnent sous MIDI. Si on opte pour l’interrupteur Engl (la variante ‘jack’), la plupart de ces préoccupations n’ont plus lieu d’être. Dans la notice d’emploi, il est rappelé, clairement et à plusieurs reprises, que la facilité d’emploi d’un appareil est l’un des soucis majeurs de l’équipe Engl. Et cela se remarque on ne peut mieux quant on est face à cet Invader 150.
SON
Dès que l’on enclenche l’interrupteur de mise sous tension de l’Invader 150, la face arrière de l’ampli est éclairée par une couleur néon bleue … Un petit “plus” bien sympa. Puis je branche une Stratocaster et je me “balade” au gré des différents canaux et options. Le canal 1 indique tout de suite sans la moindre équivoque que tous les contrôles sur l’Invader 150 sont parfaitement ajustés. Chaque millimètre parcouru par les boutons a une influence sur le son. Comme on s’y attend, l’interrupteur hi gain fait monter le gain d’un cran. Il n’y a que l’interrupteur bright qui est réglé pour produire un son un peu trop tranchant avec la guitare utilisée. En manipulant quelque peu les autres contrôles, finalement, je suis quand même arrivé au son que je recherchais. La palette de sons à laquelle l’Invader donne accès avec une seule guitare est surprenante. On peut partir d’un son clair cristallin, passer au crunch, et aller jusqu’à des distos complètement débridées … Tout est possible, mais en plus, il est facile d’y arriver grâce à une utilisation aussi claire qu’intuitive. Pour les amateurs de gros gain: il n’y a certainement aucun manque au niveau des possibilités de saturation. Je dirais même plus, selon moi, il faut être un peu … zinzin pour mettre le gain à 10 sur certains canaux! La distorsion générée est d’une ampleur presque inconnue, mais la compression qui intervient à ce moment est aussi la source de pas mal de bruits parasites. Mais via la Stratocaster, à cause de ses simples bobinages, on entend aussi pas mal de perturbations et de parasites indésirables quand on utilise les canaux les plus “sauvages”. C’est donc le moment d’essayer si le noise gate fonctionne bien! Petite pression sur le bouton et … tout le monde reste bouche bée dans la rédaction. Le temps de claquer des doigts, et pour ainsi dire la totalité des parasites disparaît, l’ampli attend dans le plus grand silence les notes à venir. Le réglage du seuil se règle en un tournemain grâce à un bouton rotatif situé à l’arrière de l’ampli. Le noise gate semble être d’une qualité exceptionnelle: on ne l’entend absolument pas s’ouvrir et se fermer pour ne laisser filtrer que les sons voulus.
La diversité des sons est véritablement époustouflante, et ce sont surtout les différents types de texture de gain qui, en général, ne se retrouvent pas sur un seul et même ampli. Quel que soit le type de guitare employée, l’Invader 150 a tout à son bord pour que vous alliez dénicher les sons les plus rares, même celui … qui “se cachait” jusque là derrière tous les autres!
BUDGET
Naturellement, une qualité telle que celle-là n’est pas bon marché. L’Engl Invader 150 coûte 2649,00 euros (prix brut conseillé TVA comprise). Avec la tête seule, on ne peut évidemment pas faire grand-chose, il faut aussi une enceinte. A l’occasion de ce test, on nous a aussi livré l’enceinte E412GS, également toute nouvelle. Ce baffle est “armé” de haut-parleurs de type Greenback 25 et coûte 1195 euros (prix brut conseillé TVA comprise). En ce qui la concerne, nous préciserons simplement que cette enceinte fonctionne au même niveau de qualité que la tête, et qu’il s’agit donc du “couple idéal”. Aussi bien la tête que le baffle sont exempts de pratiquement tout reproche, et à tous les niveaux: la construction, l’ergonomie et les possibilités. Et comme cela a déjà été évoqué, la diversité des sonorités n’est pas vraiment celle que l’on rencontre tous les jours! Il faut quand même garder à l’esprit le fait que les “top modèles” de certaines autres marques sont parfois encore nettement plus chers et demandent facilement encore 1000 euros de plus! La conclusion est facile: globalement, l’ampli est cher … mais qu’est-ce qu’il est bon!
CONCLUSION
L’Engl Invader 150 laisse une impression inouïe (et une paire d’oreilles frémissantes!). La construction est pratiquement parfaite, l’aura dégagée est du même acabit, et les sons sont excellents. Et n’oublions pas que chez Engl, on tient ses promesses: l’ampli s’utilise de manière très intuitive, et tous les contrôles font parfaitement leur boulot. Cela n’arrive pas souvent qu’un ampli doté d’autant de fonctions et de possibilités se laisse “apprivoiser” aussi facilement … L’Engl Invader 150 est vraiment exemplaire avec un grand “E”.