[ Auteur: Roger Roland ] [ Edition: Nr.211 - Juillet 2006 ]
Le point de départ de tout bon enregistrement, c’est un bon micro. A supposer bien sûr que le musicien ou le/la vocaliste soit à la hauteur. Mais ceci étant considéré comme allant de soi, il faut encore que le micro soit à même de rendre justice à l’interprète qui se concentre dans votre cabine de prise de son. Et pour peu que vous suiviez l’actualité audio pro, vous aurez remarqué que le petit monde du microphone est en pleine évolution. Pour preuve le micro que je reçois aujourd’hui: le M-Audio Sputnik.
PRESENTATION
Dans les années cinquante, l’URSS et les USA se sont livrés une lutte sans merci pour la conquête de l’espace. A l’époque les enjeux étaient principalement militaires. Et le monde occidental était convaincu de sa suprématie. Le 4 octobre 1957 un petit satellite russe nommé
“Sputnik” était placé sur orbite et faisait le tour de notre planète en émettant un “bip bip” particulier. Trente jours plus tard, Sputnik 2 était sur orbite avec la chienne Laïka à bord.
Les USA prenaient une gifle (pan dans la tronche!) mais ne s’avouaient pas vaincus: ils lancèrent dans l’urgence un satellite qui explosa… deux secondes après la mise a feu. Il faudra dix ans à l’Amérique pour rattraper son retard. M-Audio entend sans doute faire la nique aux grands constructeurs de microphones de studio, en choisissant un nom pareil…très drôle! Il faut signaler que c’est à l’époque des lancements des premiers satellites que les lampes se sont vues supplanter par les transistors. Jusqu’il y a une dizaine d’années, les quelques grandes marques de micros “studio” se comptaient sur les doigts de la main et coulaient des jours heureux et tranquilles. Les temps ont changé et il ne se passe pas un mois où des nouveautés étonnantes pointent le bout de leur capsule. M-Audio ne fait pas dans la dentelle: un micro à lampe au look “lollypop”, multidirectionnel et beau comme un instrument chirurgical.
DESCRIPTION
Mon fils a cinq ans. Mais il reste très accroché aux sucettes. Aussi a-t-il bondi de joie lorsqu’il a découvert ce micro. Il faut avouer que cette grande sucette chromée a tout pour plaire. Quel look! De plus il ne fait ça qu’avec les micros M-Audio, à croire qu’ils mettent un produit dedans. Certains micros font dans le sobre. Le Sputnik lui, brille de tout ses feux. On retrouve la forme plaisante des Luna et Solaris de la marque, mais ici le constructeur fait appel à une lampe à vide. Le micro est fourni avec une alimentation dédiée, un câble pour relier l’alim. au micro et une suspension. Le tout trouve place dans une jolie valisette métallique au look plaisant. L’alimentation à elle seule vaut le détour au niveau de la décoration, avec le mot “Sputnik” écrit en russe (caractères cyrilliques) et en anglais. Le dessin d’une lampe qui fait penser à une fusée garnie d’une étoile, le tout réalisé dans une peinture vieillie. Joli tout plein! Un interrupteur vintage allume une grosse led rouge. Le boîtier est robuste et muni de quatre grilles de ventilation. Le micro quant à lui est chromé, comme je l’ai déjà signalé, et dispose à l’avant d’un interrupteur pour le filtre passe haut et d’un autre pour un atténuateur de -10 dB. A l’arrière un switch 3 positions permet de choisir l’une des trois directivités proposées: cardio, omni ou figure en huit.
UTILISATION
Le branchement d’un micro à lampe demande un peu plus d’attention qu’un micro à transistors. La suspension élastique est fournie d’origine (un bon point, donc). Il faut d’abord brancher le micro dans le boîtier d’alimentation, puis brancher l’alim. à votre console ou à votre préampli externe (sans enclencher l’alim fantôme) et enfin placer l’alimentation externe sous tension. On conseille de laisser chauffer un peu le micro, ou plutôt la lampe logée en son sein (quelques minutes suffisent). A ce sujet, il est souvent conseillé de positionner les micros à lampe à l’envers (la tête en bas) pour que quand il chauffe, comme la chaleur monte, la capsule ne modifie pas le son. Ici la lampe est très petite et le dégagement de chaleur est donc moindre. La lampe 6205M utilisée est une petite pentode câblée comme une triode. D’après le constructeur, ceci assure un comportement de sortie identique à une pentode parfaite. Je ne vous l’ai jamais dit, mais je suis souvent aidé par une stagiaire au studio. Elle n’est pas blonde aux gros seins (c’est son grand complexe), et on peut donc supposer qu’elle est plutôt intelligente. La preuve: elle est célibataire… Elle a rapidement branché le micro et… le son m’ayant semblé bizarre, j’ai été vérifier si le micro était bien positionné… et je me suis aperçu que le micro était placé à l’envers. En fait, il faut que la marque “M-Audio” soit placée face à la source sonore. Hélas, l’interrupteur modifiant la directivité du Sputnik est placé dans ce cas du côté invisible, alors que le passe haut et l’atténuateur sont eux bien accessibles. Etonnant, car c’est logiquement le sélecteur de directivité qui sera le plus utilisé. Peut-être aurais-je préféré me passer d’un filtre passe haut (qui est de toute manière présent sur toutes les tables et presque tous les préamplis) et n’avoir que deux switches à l’avant du micro. Je sais… je chipote, mais on me paie pour cela, après tout!
SONORITE
Quand le micro est placé dans le bon sens, on peut commencer l’enregistrement. Ce qui ressort immédiatement, c’est que le souffle est quais absent (qui a dit que les micros à lampe soufflaient?) et que le son obtenu est d’une grande douceur. Le constructeur recommande d’utiliser un préampli de bonne qualité (il cite les modèles M-Audio, c’est de bonne guerre). J’ai donc joué le jeu et j’ai branché le Sputnik dans un Tube-Tech MP1A puis dans un Universal Audio 6176. Dans les deux cas le son était doux, absolument exempt d’agressivité.
Mais bon... au niveau préamplis, j’étais dans du haut de gamme! Je l’ai aussi branché directement dans la table, afin de pouvoir juger le micro, et pas les préamplis. La douceur était toujours présente, mais dans un préampli à transistors, le côté “chaleureux” s’atténue quelque peu, sans disparaître totalement. M-Audio va jusqu’à comparer le Sputnik à un U47. Sans aller jusque là (je possède un vrai U47) je peux cependant dire que le bas médium est assez bien rendu. On peut d’ailleurs le constater à la lecture de la courbe de réponse en fréquences: il y a une bosse qui va de 250 à 400 Hz environ et ce quelle que soit la directivité. Il faudra parfois égaliser car si c’est dans cette région qu’il y a de la chaleur, c’est dans la même région qu’il faut parfois “nettoyer” pour obtenir un son plus intelligible. En omni, le son est capté de manière absolument uniforme jusque 5 kHz. Au-dessus, il s’atténue quelque peu sur les côtés. Peut-être est-ce dû à la forme “lollypop” du modèle? En figure en 8, l’atténuateur m’a été très utile pour enregistrer un ampli de guitare électrique. J’aime beaucoup placer un micro en figure en huit à quelque distance de la source et orienter la prise de son vers les murs (à gauche et à droite de la source). Ceci rend un son épais et vivant. Le M-Audio fait cela sans agressivité aucune et peut encaisser jusque 142 dB lorsque le pad est enclenché. Pas mal du tout! Par ailleurs le micro est également très sensible et pourra rendre les nuances si nécessaire. J’ajoute qu’à aucun moment je n’ai eu l’impression de tenir dans les mains un micro “amateur” comme cela arrive parfois. Dernière précision: ceux qui cherchent un son hyper coloré devront voir ailleurs: le Sputnik est très transparent, limpide. Le son est chaleureux, mais pas coloré excessivement. Je n’ai pas eu l’occasion d’enregistrer de la musique classique avec ce micro, mais à mon sens, il devrait convenir. Il est clair qu’à l’heure actuelle, il est possible d’acheter pour moins de 120 euro un micro à condensateur à grande capsule (comme le M-Audio Nova). Même s’il faut saluer l’excellent rapport qualité/prix de ce type de micro, nous sommes avec le Sputnik dans une autre galaxie. Le but ici étant clairement de faire de l’ombre au plus grands. La qualité est donc très logiquement supérieure. Bien entendu, cela va sans doute se ressentir au niveau du…
BUDGET
Le prix brut conseillé est de 699 euro. Pour ce prix, l’acheteur reçoit un micro à lampe, une alimentation dédiée, une suspension, une superbe valise en alu et une housse pour protéger le micro si vous souhaitez le laisser en place sur son pied. L’investissement n’est pas minuscule, mais il faut avouer que cela reste très raisonnable, surtout si on place en rapport le prix et la qualité sonore.
CONCLUSIONS
Il me semble que M-Audio est en train de monter tout doucement en gamme. Au départ la marque s’est fait connaître pour des produits sympas et abordables, mais peu à peu la qualité augmente, les prix aussi mais en restant dans la gamme abordable. Nous l’avons vu dernièrement avec la Project Mix et cette impression se voit ici confirmée. Bienvenue en tout cas à ce micro Sputnik qui va à coup sûr connaître une brillante carrière. Que demander de plus? Un verre de vodka sans doute… Na zdarovié, tovaritch!
PRO
CONTRA
Qualité sonore globale
Possibilités
Prix
Interrupteur de directivité placé du “mauvais” côté