Meet Music Magazine review: Universal Audio LA-610
Universal Audio LA-610
[ Auteur: Roger Roland ] [ Edition: Nr.194 - Février 2005 ]
Le nom de Bill Putnam vous dit peut-être quelque chose ? Ce génial créateur américain a laissé quelques marques dans l’histoire du son. Les produits Universal Audio par exemple. Vous avez peut-être déjà vu ces anciennes consoles qui ne comportaient que des boutons rotatifs ? Le look était étrange mais le son avait quelque chose de magique. Bref, aujourd’hui la marque qui était un peu tombée dans l’oubli ressuscite et sort ses classiques ou de nouveaux modèles qui en sont fortement inspirés. C’est un véritable plaisir que de tester pour vous ce “Channel Strip”.
PRESENTATION
Le LA-610 est un canal complet d’enregistrement comprenant un préampli, une section d’égalisation et un compresseur. Il s’agit d’un appareil à lampes, inspiré pour la partie préampli de l’ancienne et mythique console à lampes 610 conçue dans les années cinquante, qui possédait une chaleur et un caractère particuliers. Cette console a été utilisée pour quelques pointures dont Franck Sinatra, The Doors, The Beach Boys et autres. Le compresseur optique quant à lui est très semblable à au célèbre LA-2A de la marque. Pour le modèle qui nous occupe, le constructeur a prévu une plus large palette sonore que l’original puisqu’un égaliseur deux bandes est inclus au LA-610, qui peut aussi bien accepter des niveaux “micro” que des niveaux “ligne”. Un super channel strip vintage que cette machine.
DESCRIPTION
Vintage, le look l’est assurément. De gros boutons noirs en plastique (dommage que cela ne soit pas de la bakélite, cela aurait accentué le côté rétro), Vu-mètre à aiguilles, design général. Bref: le LA-610 est inspiré des années passées et tient à le faire savoir. C’est un appareil qu’on remarque dans un studio. On peut d’ailleurs croire que c’est un véritable ancêtre parfaitement conservé. Haut de deux unités et d’un poids de six kilos environ, la couleur noire et l’aluminium se partagent la face avant. Mais le noir domine. Cela fait sérieux. L’appareil est divisé en deux parties: la section préampli, et la section compresseur. Le gain s’ajuste de façon crantée, et peut monter jusqu’à un maximum de +40 dB en ligne et +77 dB en micro. Voilà qui permettra d’amplifier même de faibles amplitudes sonores. Sous le bouton de gain est placé un sélectionneur d’impédance permettant de choisir entre 500 Ω ou 2k Ω pour l’entrée micro et 20k Ω pour l’entrée ligne. Comme il y a une prise jack (Hi-Z) on peut aussi choisir pour cette entrée haute impédance entre 47k Ω ou 2,2 M Ω. A droite de ces deux potards sont positionnés trois petits interrupteurs chromés. Le premier active un pad de – 15dB, le second inverse la phase et le dernier active l’alim. fantôme 48 volts. Vient ensuite un gros potentiomètre gradué de zéro à dix. Très gros. La seule indication de celui-ci est “level”. Il s’agit simplement d’un master volume. En jouant entre le gain, l’impédance et le volume, il y a des multiples possibilités de faire varier le son. Vient ensuite la section égalisation. Vous vous en doutez, nous n’avons pas ici quelque chose de traditionnel. Au moyen de deux petits switches chromés, identiques à ceux cités plus haut, l’utilisateur pourra choisir entre trois fréquences pour les basses et trois fréquences pour les aiguës. Soit 70 Hz, 100 Hz et 200 Hz et 4, 5 kHz, 7 kHz et 10 kHz. A chaque fois l’interrupteur est associé à un potentiomètre cranté par pas de 1, 5 dB et on peut amplifier ou atténuer la fréquence choisie d’un maximum de 9 dB. La section compresseur dispose de quatre boutons: deux gros et deux petits. Les gros d’abord: le premier se nomme “Peak Reduction” et est à comparer au seuil qu’on trouve sur les compresseurs modernes, le second nommé “Gain” détermine le niveau final de sortie. Quant aux deux autres plus petits potentiomètres, l’un régit le ravissant Vu-mètre délicieusement rétro situé à droite de l’Universal Audio LA-610: celui-ci peut indiquer, suivant la position du “pot” le niveau d’entrée ou de sortie, ou le niveau de compression. Du classique en somme. Le bouton suivant nommé “Mode” permet de bypasser le compresseur, ou de le mettre en service, ou encore de l’utiliser comme un limiteur. Pour terminer, outre le ravissant potentiomètre dont l’aiguille est réglable via une petite vis, on termine la description avant par un interrupteur en métal et une grosse lampe mauve tout droit sortie des fifties (rétro quand tu nous tiens). L’arrière est plus simple: une entrée ligne, une entrée micro, une sortie. Le tout en XLR. Je vous avais dit que c’était simple...Le mode d’emploi est un modèle du genre, dont la moitié est une leçon d’histoire.
UTILISATION
L’avantage de ce type d’appareil, c’est que tout est clair. Pas de pages, de menus, de jog-shuttle et autres amusements numériques. Ici on joue la carte 100% analogique, la machine contient cinq lampes. Le bruit dégagé par l’interrupteur de mise sous tension vaut son pesant d’or: autant que le déclic d’un appareil photo Leica. Waouh! La lampe mauve qui brille comme un joyau complète la sensation de remonter le temps. Brancher un micro ne pose aucun problème. Le choix de l’impédance pourrait en dérouler certains. Un préampli doit en théorie posséder une impédance d’entrée équivalente à dix fois l’impédance de sortie d’un microphone. Donc si votre micro sort 200 Ω, vous placerez votre sélectionneur d’impédance sur 2.0K. Mais rien ne vous empêche d’essayer autre chose. Il se produit de subtiles modifications sonores pouvant vous (dé)plaire. Il est intéressant d’avoir le choix, en tout cas.
SONORITE
Là, on a quelque chose de réellement puissant à disposition. Le simple fait de jouer avec l’impédance, mais plus encore avec le gain et le gros bouton “Level” qui devient de plus en plus clair à mesure qu’on monte le niveau. Par contre le laisser à bas niveau rend un son plus chaud, plus rond, où l’on entend les lampes qui colorent le son. On peut passer énormément de temps à choisir ce qui nous plaît. L’égaliseur peut sembler quelque peu léger, jusqu’à ce qu’on s’en serve. Les fréquences sont judicieusement choisies, et nul besoin de creuser ou amplifier de façon drastique pour entendre les différences. Bien entendu, on n’a pas d’égaliseur paramétrique et on ne pourra pas aller chercher toutes les fréquences. Il faudra le faire au mixage si nécessaire, mais le son est doux et plaisant et c’est l’essentiel. Le compresseur est dit plus “coloré” que l’original dans le mode d’emploi, mais n’ayant pas la possibilité de faire une comparaison, je ne peux rien dire à ce sujet. Il est en tout cas d’une facilité d’emploi bienvenue. On entend bien, en passant du mode “compresseur” au mode “limiteur” que le taux change. On ne peut toutefois pas utiliser le compresseur seul, puisque l’entrée nous oblige à passer par le préampli. Dans tous les cas de figure, le son est agréable. Qu’il s’agisse de voix ou de guitare acoustique, on a rapidement un rendu plaisant, sans devoir chipoter longtemps. Si vous voulez affiner, il est possible de jouer longtemps avec le bouton “Level” du préampli.
BUDGET
Le LA-610 sera a vous pour la somme de 1500 € (prix brut HTVA). La force actuelle de l’Euro est bien entendu un avantage. Le prix est complètement justifié et je peux même dire que vu les possibilités et la qualité proposées, ceci est plutôt une bonne affaire.
CONCLUSIONS
Un appareil full analogique qui n’a pas peur de se montrer, et à raison. Qualité sonore, versatilité (c’est fou ce qu’on peut faire avec peu de boutons), prix intéressant. Et puis, quel look. De plus, avec ce LA-610, un peu de légende prend place dans votre studio, et c’est une raison de plus de craquer pour ce bel objet.