[ Auteur: Roger Roland ] [ Edition: Nr.194 - Février 2005 ]
Nous testons souvent du matériel américain, japonais, anglais ou autre. Aujourd’hui, cocorico, nous allons tester du belge. Et non du moindre, puisqu’il s’agit d’Apex, qui nous présente un nouvel égaliseur graphique.
PRESENTATION
A quoi sert un égaliseur graphique? A la différence des égaliseurs rencontrés sur les différentes pistes d’une table de mixage, destinés à traiter chaque signal individuellement, l’égaliseur graphique sert à traiter soit un mixage de façade, soit un mixage de retour. Un son global, donc. En façade, on cherchera à améliorer l’intelligibilité, à supprimer les fréquences gênantes, alors qu’en retour, on pourra réduire le larsen, et améliorer également l’intelligibilité de manière à ce que le(s) musicien(s) entende au mieux le signal qui lui est destiné. L’égaliseur graphique est composé d’un ensemble de curseurs linéaires (tirettes) jouant chaque fois sur une fréquence déterminée, couvrant un tiers d’octave. C’est donc cet appareil qui fait de jolis dessins, et dont certains (hélas) ne savent pas qu’il sert à autre chose. L’Apex dBQzero est un appareil à deux canaux indépendant, dotés de 30 tirettes par canal, pour couvrir tout le spectre sonore de 25 Hz à 20 kHz.
DESCRIPTION
Cet égaliseur attire l’œil. La couleur dominante se situe du côté du lilas mauve, mais pas trop flashant quand même. Assez pour qu’on le remarque, mais pas trop. Les trente tirettes, qui comme je l’ai dit plus haut, couvrent les fréquences de 25 Hz à 20 kHz occupent environ les deux tiers de l’appareil, sur deux rangées. Comme d’habitude, le premier canal est en haut, et le second en bas. La partie de droite comprend quelques réglages intéressants que nous allons détailler ensemble, de gauche à droite. Tout d’abord un bouton de volume général, suivi d’un interrupteur permettant de travailler sur une plage de 6 dB ou 15 dB. Une led s’allume dans ce dernier cas. Juste en dessous est situé le filtre passe-haut que l’utilisateur pourra régler entre 20 et 250 Hz, accompagné d’une led témoin de mise en fonction. Plus à droite en haut se trouve un double réglage d’égaliseur plus traditionnel (Shelving, ou “à plateau”) dont la fréquence grave est fixée à 100 Hz et la fréquence aigue à 14 kHz. Dans les deux cas, on peut atténuer ou amplifier la fréquence de 9 dB. Plus bas on trouve deux filtres nommés “notch 1” et “notch 2” (logique! on allait pas les nommer 7 et 5). Un interrupteur pour chacun, doublé d’une led, les met en fonction. Le premier agit au choix entre 20 Hz et 1, 5 kHz alors que le second travaille entre 630 Hz et 18 kHz. Le dernier bouton en haut à droite, doublé également d’une led, est un interrupteur “bypass”. On trouve encore un petit ledmètre et une diode nommée “Power” signalant que le le dBQzero est sous tension. A l’exception de ce dernier interrupteur, le tout est bien entendu présent deux fois, une pour chaque canal. Nous en avons fini avec la face, passons à l’arrière et découvrons ce que le fabricant nous a concocté. On trouve la traditionnelle prise IEC, surmontée d’un interrupteur. A côté on remarque un accès au fusible de 500 mA. Plus loin, on peut voir que chaque canal dispose de trois formats de connecteurs pour les entrées et sorties: en XLR et en jacks symétriques, mais également sur des broches à 6 pins. Le dBQzero pèse quatre kilos et fait trois unités rack de hauteur.
UTILISATION
Le mode d’emploi mérite d’être lu, même si à priori un égaliseur graphique n’est pas une machine dont le maniement est compliqué à comprendre. Régler correctement un égaliseur graphique est parfois un peu plus délicat, comme pour tout appareil audio. Le mode d’emploi rappelle ainsi qu’il vaut mieux travailler en retirant qu’en ajoutant, et qu’il vaut mieux commencer par les graves pour progressivement monter vers les aigues. De cette façon on coupe les fondamentales, mais aussi les harmoniques qui s’y rapportent. En commençant par le haut, on va devoir retirer bon nombre de fréquences, pour seulement à la fin atténuer la fondamentale. Le moins est souvent le mieux, et comme dernier conseil, il vaut mieux éviter les écarts extrêmes entre les bandes adjacentes, ceci pour éviter les problèmes de phase. Une courbe d’égalisation graphique doit être aussi douce que possible... vous voilà prévenus! Donc oubliez à jamais les “jolis dessins” que certains réalisent sur leurs égaliseurs graphiques. Si c’est le dessin qui vous intéresse, inscrivez-vous aux Beaux Arts (et toc!). Je ne vous raconterai pas le nombre de fois où j’ai vu de pseudo techniciens faire tout le contraire de ce qui est expliqué ci-dessus. Si dans le tas, il y en a qui lisent ceci, ils épargneront les oreilles des auditeurs la prochaine fois! Rien que pour cela, j’ai été heureux de lire le mode d’emploi. Il ne se limite pas à ces conseils utiles, mais décrit très bien chaque fonction. Un bon point. Lorsqu’on allume ou éteint l’appareil, il y a une légère temporisation ce qui fait qu’on évite un gros bruit désagréable dans les enceintes, si d’aventure les amplis sont allumés et le volume monté. De même, si l’égaliseur n’est pas mis sous tension, le signal passera quand même, on a ici affaire à du “hardbypass”, ce qui veut dire que le signal à la sortie sera exactement le même que celui présent en entrée. Pour le reste, il n’y a pas de difficulté à utiliser cet égaliseur. Les leds sont à leur place, on voit rapidement ce qui est en service ou pas, et c’est l’essentiel. L’espace entre les tirettes est un peu étroit, ce qui fait qu’on risque sans le vouloir de toucher les curseurs avoisinants, surtout si l’on a de gros doigts boudinés. Peut-être est-ce question d’habitude? Il faut y faire attention, c’est tout. Les deux filtres notchs sont utiles pour choisir les deux fréquences de larsen survenant les premières, et il n’est guère compliqué de les trouver: on monte le volume et on cherche la fréquence. Facile!
SONORITE
Il n’est pas difficile de trouver rapidement le son que l’on cherche avec cette machine. Bien entendu, le résultat dépendra surtout de vous, mais si le son est dégradé, cela ne sera pas la faute de l’Apex. Pas ou peu de souffle, des modifications qui s’entendent rapidement, une musicalité certaine, il n’en faut pas plus pour réaliser un bon travail. Un égaliseur graphique ne réalise jamais de miracles, mais il peut aisément améliorer le son d’une salle, ou sauver les meubles quand c’est nécessaire.
BUDGET
Le dBQzero coûte 816 € (prix brut HTVA). Vu la qualité du produit, le savoir faire du constructeur et la robustesse de la construction, ce n’est pas exagéré. Il s’agit ici d’un produit professionnel.
CONCLUSIONS
Bon et belge. Il suffit d’essayer une fois cet Apex pour être convaincu de ses qualités. Si vous avez besoin prochainement d’un égaliseur graphique, vous devez absolument effectuer un test: vous ne serez pas déçus. Dans un futur proche, nous allons visiter la firme Apex, et en ferons un compte rendu fidèle à nos bien aimés lecteurs et lectrices.