[ Auteur: Roger Roland ] [ Edition: Nr.183 - Mars 2004 ]
S’il est bien un produit de studio qui a le vent en poupe, c’est le « channel strip ». Entendez par là une super tranche de console de qualité supérieure comprenant généralement un préampli, un égaliseur et un compresseur. J’ai reçu ce mois le modèle « Eureka » de Presonus. Que nous réserve-t-il ?
PRESENTATION On aimerait tous s’offrir une super table de mixage. Avec des préamplis fabuleux, des égaliseurs efficaces et musicaux, y insérer des processeurs de dynamique de qualité top…Hélas, les prix de ces merveilles rendent souvent ce projet inabordable. Les préamplis de nos tables abordables font ce qu’ils peuvent, les égaliseurs sauvent les meubles, et quand on peut se payer un compresseur un peu valable, on doit postposer les vacances d’été. Dès lors, pourquoi ne pas s’offrir UNE super tranche. Un canal qui aurait les qualités permettant d’obtenir un son de qualité professionnelle. Après tout, à l’heure actuelle, on enregistre un instrument à la fois, et ce super canal pourra servir pour la basse, la guitare, la voix ou que sais-je encore ? Ensuite, on pourra mixer le tout sur ordinateur ou sur notre table habituelle, et rien que le fait d’obtenir un très bon son, à la base fera que globalement le mix sera plus simple à réaliser, et l’ensemble sonnera mieux. Idem, en concert, on peut envisager d’utiliser cette « super tranche de console » pour la voix par exemple. Cela donnera l’impression que le chanteur passe dans une grosse console, et la voix sera plus belle, plus claire, plus intelligible. Il n’est dès lors pas étonnant que chaque fabricant propose sa propre interprétation de ce produit. Avec plus ou moins de bonheur. Qu’en est-il de l’Eureka ? Je vous propose de le découvrir ensemble.
DESCRIPTION Une unité rack de haut, cela ne va pas prendre trop de place. La couleur est d’un bel argenté mat avec des potentiomètres bleu électrique et un Vu-mètre à aiguille au milieu de l’EUREKA. Je pense que tout le monde trouvera que le design est une réussite. Toutes les personnes qui l’ont vu dans mon studio ont fait des commentaires élogieux. L’appareil peut se diviser en quatre parties. D’abord le préampli. Un bouton de gain qui monte à 54 dB (ou 52 ? Le mode d’emploi parle de 52 alors que le bouton de gain indique 54). Un ledmètre à trois positions : -20, 0 et « clip ». Une entrée jack nommée « instrument », un bouton « line » rétroéclairé en bleu (ceci est valable pour tous les interrupteurs de cet appareil), suivi d’un interrupteur pour l’alimentation 48 volts, un atténuateur de 20 dB, un filtre passe-haut à 80 Hz, et un inverseur de phase. On a compris que Presonus n’a rien oublié. Cerise sur le gâteau, nous avons encore droit de choisir entre 5 impédances d’entrée (50, 150, 600, 1500 et 2500 Ohms), et à une simulation de saturation, augmentant le taux d’harmoniques paires (les plus musicales), ceci pour accroître la chaleur du signal. L’étage suivant est le compresseur. On y trouve les réglages habituels de seuil, taux, temps d’attaque et de relâchement, et de gain. On trouve un bouton « bypass » pour désactiver le compresseur, et un bouton « soft » si on souhaite que le compresseur intervienne en « soft knee ». Par contre il n’y pas de possibilité de travailler en automatique. La dernière fonction du compresseur est un filtre passe-haut qui interviendra après le compresseur, ou encore après un appareil placé en « side chain » (un appareil extérieur qu’on insérera sur le signal donc). Ce filtre pourra atténuer une remontée des basses en compression par exemple. Le mode d’emploi ne donne pas d’explication sur cette fonction, et c’est dommage. L’égaliseur paramétrique comprend trois fois trois paramètres : on peut travailler sur trois fréquences, avec à chaque fois la largeur de bande (de 3 octaves à 2/3 d’octave) et une atténuation/amplification de 10 dB. Certains vont chipoter en disant qu’en général, on peut jouer sur 15 dB, mais sachez que si vous devez triturer à ce point votre son, c’est qu’il existe un sérieux problème à la base. Ce qui est proposé ici est donc amplement suffisant. Le choix des fréquences est le suivant : de 20 Hz à 300 Hz, de 200 Hz à 3 kHz, et de 2 kHz à 20 kHz. Difficile de ne pas trouver son bonheur, mais on pourrait souhaiter un « Q » plus étroit, et éventuellement la possibilité de transformer les égaliseurs grave et aigu en type Baxendall (plateau). Mais bon, je chipote, c’est mon dada. L’égaliseur peut être désactivé et un bouton permet de placer l’égaliseur avant ou après le compresseur, ce qui à nouveau augmente les possibilités et c’est une bonne idée. Pour terminer on trouve un potentiomètre de volume master. Celui-ci peut atténuer de -70 dB et amplifier de 10 dB. Là encore, les chiffres divergent entre ce qui est écrit sur le Presonus et dans le mode d’emploi. Indépendamment de cela, on constatera que lorsque le volume est tourné en position minimale, on entend plus rien. Un dernier bouton permet au Vu-mètre d’indiquer le volume ou la réduction de gain pour le compresseur. Pour l’arrière, les choses sont assez simple : fiche IEC pour l’alimentation électrique, interrupteur on/off, sortie en XLR ou en jack TRS symétrique. Il y a une possibilité d’insertion en jack (send & return), et enfin une entrée XLR pour micro et une entrée ligne en jack. Il existe une option permettant d’inclure dans le Presonus Eureka une carte de conversion d’analogique en numérique.
UTILISATION Le branchement sa fait sans souci, il n’y a même pas besoin d’ouvrir le mode d’emploi. Je l’ai quand même ouvert pour vous, et j’ai été quelque peu déçu. Incomplet et un peu bâclé, si vous voulez mon avis. Mais bon, ce genre d’appareil est heureusement très simple à comprendre. J’ai donc branché la sortie de l’Eureka directement dans mon enregistreur, sans passer par la console de mixage. Rappelez-vous : cet engin EST une table de mixage…à un seul canal ! J’ai inséré un micro, et de suite, j’ai été intéressé par le bouton « impédance ». Après avoir vérifié dans le mode d’emploi quelle était l’impédance de mon micro (150 Ohms), j’ai placé l’Eureka sur la même valeur. Ensuite j’ai fait varier le potard, et cela amenait de subtiles nuances dans le son. Subtiles, mais très audibles. Ensuite, j’ai joué avec le bouton « saturate » qui colorait également le son de façon progressive, le rendant de plus en plus chaud, mais aussi un peu plus brouillé. Quand ce bouton est au minimum, le son est d’une pureté cristalline. Presque trop froid, mais sans doute utile dans certaines circonstances. Il n’y a pas de souffle ni de bruit de fond ni de parasite d’aucune sorte, même en montant le niveau d’écoute le bruit de fond est réduit au minimum. Le compresseur agit sur la voix de façon quasi inaudible, et c’est une excellente chose. Il intervient bien, pourtant, mais sans artifice ou effet de pompage, pour autant que vous sachiez régler un compresseur. Pour les autres, une fonction automatique serait bienvenue. L’égaliseur est simple à utiliser, et on trouve aisément le son que l’on cherche. Les petits plus offerts par cet appareil (saturation, impédance, filtres, ordre du traitement du signal) ne sont pas des gadgets, mais une possibilité étendue d’affiner votre son. Une petite réserve pour l’égaliseur : les boutons de gain des trois fréquences ne sont pas crantés en leur point zéro (en mode neutre donc), et c’est un peu gênant, il est plus simple que cette position soit marquée clairement. De même, tant que j’en suis à critiquer, le niveau de gain pourrait être un rien plus élevé, cela permettrait aussi d’enregistrer avec des micros moins sensibles ou tout simplement de capter des instruments de faible amplitude.
QUALITE SONORE C’est bien entendu un chapitre important, voire le plus important dans le cas qui nous occupe. Je vous le dit de suite : l’Eureka rend un son qui ne vous décevra pas. On a affaire ici à un son transparent, qui respire, et d’une très grande netteté. Presonus n’a pas (encore) la réputation de quelques marques connues qui peuvent compter sur une image établie de longue date. Par contre, il y a ici un petit « plus » au niveau de la conception : tout est complet, et bien pensé. Il y a les petits suppléments que les autres marques ne proposent pas, et dans cette catégorie de prix Presonus va sans doute faire sa place. D’autant que l’appareil est intuitif, bien construit et agréable à l’œil. J’ai essayé avec différents micros, et aussi avec une guitare via l’entrée « instrument ». Dans tous les cas, on se rend compte qu’on obtient un bien meilleur résultat qu’avec une table de mixage. Bien entendu, une table de mixage qui posséderait 24 entrées de cette qualité là coûterait sans doute le prix d’une voiture moyenne. J’i vraiment apprécié le fait de pouvoir jouer sur l’impédance, car on peut de cette façon modifier le son (parfois dans le mauvais sens, mais cela peut être aussi un outil créatif) et le bouton « saturate » fait bien plus que de donner simplement de la distortion. Bref, si vous avez des oreilles, ouvrez-les et allez écouter l’Eureka chez votre revendeur. D’autant que le prix reste très démocratique, et ne risque pas de vous attirer les foudres de votre banquier ou époux (se).
CONCLUSIONS On pourrait se dire que Presonus nous propose un « channel strip » de plus. Certes. Mais on peut reprendre cet argument pour tous les produits (audio ou non) qui nous entourent. Une guitare en plus, une voiture en plus, etc. Le mérite de l’Eureka, à mon sens, est de proposer quelque chose de complet, et d’avoir ajouté quelques ingrédients qui rendent la proposition originale. Rien ne vaudra bien entendu d’aller vous rendre compte par vous-même, mais je gage que vous serez séduits.