[ Auteur: Roger Roland ] [ Edition: Nr.183 - Mars 2004 ]
Tous les musiciens qui jouent souvent sur scène le savent : pour bien jouer, il faut bien s’entendre. S’entendre soi-même et entendre les autres. Pas trop fort, pas trop faible, juste ce qu’il faut. Il arrive parfois que le musicien obtienne « presque » ce qu’il veut. Encore faut-il s’entendre avec l’ingénieur du son qui gère les retours. Durant la balance, c’est souvent possible, mais en cours de concert ce n’est pas toujours évident, surtout si on joue côté cour et que le technicien est côté jardin. Combien de fois ne souhaiterait-on pas pouvoir ajuster soi-même les volumes. Dorénavant, c’est possible. Je vous présente le système Aviom.
PRESENTATION Le système en soi est assez simple. Mais génial comme l’œuf de Colomb. Une centrale qui intègre les pistes audio nécessaires aux retours, et une commande par musicien. Le tout est relié par un câble de type ethernet RJ45. Il existe plusieurs types de centrales et de commandes, nous allons le voir. Dans tous les cas, ce sera le musicien qui pourra lui-même être aux commandes. Du moins en ce qui concerne le volume. Ce système n’est pas un système de retours en tant que tel. C’est quelque chose en plus, à ajouter à vos retours pour personnaliser ceux-ci.
DESCRIPTION Commençons par la centrale, qui répond au doux nom de A-16 T (comme « transmitter »). Une unité rack de haut, et un poids de 3, 4 Kg. Il s’agit là du cœur du système, qui possède au maximum 16 canaux. L’arrière se compose de 16 connecteurs jack qui sont autant d’entrées. Le tout est doublé par 16 sorties « thru » qui permettent au signal de repartir vers autre chose. En entrant, le signal est numérisé. En 48 Khz et 24 bit. Le rapport signal/bruit est de 93 dB, ce qui est excellent. Quand on regarde la face de l’A-16 T, on constate que les entrées peuvent être couplées. Ce qui est sans doute plus simple quand on a un clavier stéréo à écouter par exemple. On peut également régler le gain d’entrée au moyen d’un interrupteur à trois positions : -10dB, + 4dB et + 22 dB, ceci par paire de canaux, on a donc 8 interrupteurs de gain au total agissant chaque fois sur deux canaux. Le module est alimenté par un transfo, et possède une sortie générale sur connecteur de type Ethernet. Ce câble va se connecter sur une commande A-16. C’est cette commande qui va servir au musicien. Elle est d’une simplicité extrême, du moins pour la compréhension. Seize interrupteurs, un bouton de volume, un panoramique. Un bouton « recall », un « group », un « solo » et un « mute ». Cela est évident à comprendre. On trouve aussi une section « master » avec volume, réglage de basses et d’aigues. A l’arrière de l’appareil on trouve une prise pour le câble, et éventuellement un transfo. Je dis bien « éventuellement » car si la première commande n’a pas besoin de courant électrique (celui-ci est amené avec le câble audio), les commandes suivantes auront besoin d’une alimentation. Pour autant donc que vous branchiez vos commandes en série. Mais il y a moyen de se passer d’alimentation externe si vous branchez vos télécommandes en parallèle, au moyen du module optionnel A-16D d’une demi unité de rack qui est en fait un distributeur. Chaque commende se branchera alors sans l’aide d’un transfo, le câble seul amenant à chaque commande l’alimentation électrique et le signal audio. Cela permettra de ne pas avoir besoin d’un transfo qui traînera dans les pieds à chaque commande. Cette option est peu onéreuse et à mon avis facilitera la vie. On peut y brancher un maximum de huit commandes. Il existe une autre possibilité de centrale, nommée A-16R personal mixer. Sans entrer dans trop de détails on peut considérer qu’en face avant, cela reprend les commandes d’une télécommande. A l’arrière par contre, il s’agit de quelque chose de différent de A-16T. On trouve des sorties principales en jack et en XLR, deux jacks d’envois et de retours, deux entrées « Mix in » et trois connecteurs Midi (in, out et thru). Ce module peut être relié à une commande A–16 CS qui ressemble de très près à l’A-16. Ce système serait à mon sens plus destiné aux claviéristes, mais il présente un avantage pour le sonorisateur qui peut « reprendre la main » sur la commande, ce qui n’est pas possible avec l’autre système. Rien n’interdit bien entendu de mélanger les deux modèles, c’est d’ailleurs ce que j’ai fait pour le test.
UTILISATION Le branchement est assez simple à réaliser. Pas besoin d’être un expert pour cela. Vous connectez vos sorties directes (le « direct out » de votre table peut servir à cela) dans l’A-16T. Le signal sera numérisé dans ce module. Ensuite, un câble vous relie à votre commande, éventuellement en passant par le module distributeur A-16D. Sur la commande, vous choisissez votre piste audio : c’est simple, il suffit d’enfoncer le bouton d’une des seize pistes. Là vous ajustez votre volume et votre panoramique, si nécessaire. Imaginons le plan suivant : canal 1 la grosse caisse, canal 2 la caisse claire, canal 3 le charleston, canal 4 la basse, canal 5 la guitare, canal 6 la voix, etc… Pour chaque piste, vous réglez votre son. Globalement, vous avez un volume et un réglage simple d’égalisation. De la commande, vous vous branchez vers un retour « bain de pieds » ou vers un casque avec ou sans fil, et vous ajustez vos volumes en fonction de vos besoins. Si une piste ne sert pas, vous pouvez la couper. Petite idée de génie : vous pourrez programmer jusque 16 mixages. En effet, il arrive que la balance d’un titre soit très différente d’un autre. Aucun souci dans ce cas, vous rappelez simplement votre preset. J’ai trouvé personnellement le système assez génial. Il est difficile d’innover encore dans le son, tant il y a de produits aptes à satisfaire des exigences variées. Ici je crie au génie. La qualité et la simplicité de ce système sont vraiment remarquables. Même une chanteuse blonde pourra sans problème se sonoriser toute seule. :-) Dans les réserves, je peux trouver que ce système n’est pas à conseiller à des débutants. En effet, la tentation risque d’être forte pour chaque musicien ou chanteur de monter le volume au-delà du raisonnable. Et donc d’inviter M. Larsen au concert, ou simplement de détériorer le son de la façade, tant les retours vont sonner fort. Ce problème peut bien entendu être contourné avec des moniteurs « in ear ». Au rayon des inquiétudes aussi, les connecteurs m’ont semblés un peu fragiles. Ils ont cependant bien résistés aux tests. C’est donc plus une question d’impression que de réel défaut. Je n’en ai pas encore parlé mais vous l’aurez deviné, l’Aviom peut aussi être utilisé en studio. Pour ceux qui possèdent une table numérique ne possédant pas de sorties directes, on peut imaginer de se servir des sorties analogiques de l’enregistreur par exemple.
QUALITE SONORE Bien entendu, vous ne pourrez pas obtenir mieux que votre son de base. Si vous jouez sur une guitare pourrie avec un son pourri, vous pourrez contrôler le volume de votre son pourri. Mais si votre son est bon, ce système ne va certes pas le détériorer. La conversion en numérique est de réelle qualité, et pour peu que vos moniteurs soient valables, le son produit devrait vous enchanter. Pour ceux qui souhaitent utiliser l’Aviom en studio, ils auront une qualité sonore et un confort de casque rarement égalé.
CONCLUSIONS Attention, génie ! Je ne puis dire que du bien de ce système. Simple et efficace. Je suis prêt à parier qu’on va voir l’Aviom sur de nombreuses scènes et dans de nombreux studios d’enregistrement.