[ Auteur: Pieter Van Malderen ] [ Edition: Nr.176 - Août 2003 ]
Dans les milieux professionnels de la musique, lorsqu’on prononce le nom de CASIO, ceci s’accompagne souvent (à tort) d’un froncement de sourcils. Quoique ce fabricant ait lancé dans le passé des appareils “high-end”, il est clair que l’on songe ici surtout à un marché s’adressant à des amateurs ou à des débutants. Ceci s’exprime par une gamme importante de keyboards “home” et “entertainer” d’un prix fort démocratique. Casio peut vraisemblablement être fier de posséder un des plus élevés rapports qualité/prix que l’on puisse trouver chez des fabricants de ce genre d’instruments. De même, les pianos numériques de Casio que j’ai pu admirer cette année à Francfort ne sont certes pas d’une moindre qualité que ceux des marques soi-disant plus “professionnelles”.
GENERALITES Avant tout, je dois préciser clairement qu’il sagit ici d’un instrument d’une classe de prix inférieure (prix brut conseillé, TVA comprise, en Belgique/aux Pays-Bas est de 285/279 Euro). La qualité n’est de ce fait, c’est logique, pas toujours comparable à celle des instruments haut de gamme plus onéreux. Au cours de ce test, j’en ai donc toujours tenu compte. Au point de vue visuel, le seul élément qui fasse un peu “bon marché” est la liste imprimée sur le panneau avant des noms de sonorités, rythmes et songs. Un phénomène que l’on rencontre très souvent sur de tels claviers dans cette catégorie de prix. Presque comme un panneau qui annonce: “hello, je suis un homekeyboard de moins de 300 €”. D’un autre côté, il semble que ce soit à 100% nécessaire pour la facilité d’emploi d’un tel clavier pour le groupe d’utilisateurs visés.
Le design se conforme absolument à la tendance actuelle. Un châssis argenté avec en son centre un display relativement grand qui s’illumine en bleu. Les haut-parleurs incorporés sont protégés par une grille bleu-gris. C’est aussi la couleur des touches principales sur le panneau de commandes. Les autres touches sont en gris foncé ou s’illuminent en rouge lorsqu’elles sont en fonction. L’ensemble de toutes les touches et des sliders (2) donne une impression plus sobre et plus professionnelle que ce qu’on aurait pu attendre d’un tel instrument. Ceci améliore en grande mesure la clarté et la facilité d’emploi. Pourvu d’un système de leçons en 3 parties, ce Casio CTK-591 devient un keyboard pour l’autodidacte ambitieux. Cet élément supplémentaire détermine pour une grande part le concept de cet instrument. Néanmoins, vous disposez encore toujours des points importants les plus courants concernant le jeu avec accompagnement automatique ou pour créer des splits, des layers, etc.
Le mode d’emploi est impeccable. En d’autres termes, on est guidé pas par pas au travers des possibilités de l’instrument. On reçoit même un songbook. A côté des partitions, il contient une indexation du grade de difficulté s’y rapportant. Quant aux accessoires livrés d’origine, on est déjà habitué au fait qu’ils ne livrent pas de pédale. Pour ce prix, on pourrait encore l’accepter, si ce n’était que la polarité du Casio ne correspond pas à celle des pédales de sustain couramment livrables dans le commerce. On est donc pratiquement obligé d’acheter une pédale de Casio. Ce qu’on reçoit quand même, c’est un pupitre à fixer sur l’instrument. Pour l’alimentation, on a le choix entre un adaptateur de courant (9V) ou des piles. Je disposais heureusement d’un adaptateur universel, sinon je n’aurais pu faire ce test. Donc, vous le comprenez: même une alimentation essentielle ou éventuellement un set de piles ne sont pas livrés d’origine. D’un côté, on peut le comprendre par le fait que Casio veut garder son prix fort peu élevé. Mais d’un autre côté, ceci est impardonnable, car ces extras doivent quand même être achetés séparément.
CONSTRUCTION Pas mal du tout. La solidité générale de la construction fait penser à une classe de prix plus élevée. Les sliders et le potentiomètre pour le volume du micro, de même que les raccordements en face arrière, sont de bonne qualité, les boutonspoussoirs même de très grande qualité. Ceux-ci sont en caoutchouc souple et sont quelque peu enfouis dans le panneau de commandes. Par ce fait, ils semblent inusables. Le toucher du clavier lui aussi procure un sentiment de solidité et tombe bien sous les doigts. Je trouve que le display LCD pourrait recevoir un peu plus de protection. Dès le premier attouchement, les cristaux liquides commencent à déconner. Il semble qu’il n’y ait aucune couche de protection.
POSSIBILITES A part l’entrée micro (jack), il y a un minimum absolu en raccordements. A côté du plug pour l’adaptateur de courant, nous disposons de: un midi in, un midi out, une sortie balancée pour casque et un raccordement (limité) pour une ‘assignable pedal’ (pédale au pied). Il est bien entendu que l’on puisse, pour autant qu’on utilise le câble adapté, raccorder le CTK-591 à une installation d’amplification externe par le joint de la sortie pour casque. Mais comme ceci n’est pas une solution idéale, une sortie ligne supplémentaire, même mono s’il le faut, ne serait pas un luxe superflu. La présence d’une entrée micro sur un instrument de cette classe de prix est assez exceptionnelle. Mais des possibilités d’édition du son sont toutefois absentes. Un peu de contrôle sur le signal d’entrée du micro avec une reverb éventuelle, par exemple, aurait été le bienvenu. Toutefois, on trouve une fonction “key transpose” qui transpose aussi bien des songs entiers que des sonorités individuelles. Et nous avons aussi le choix entre trois courbes de vélocité pour déterminer la sensibilité d’attaque du clavier.
D’autres fonctions globales servent à accorder l’instrument, à modifier le volume de l’accompagnement automatique et à régler les divers paramètres midi. On trouve 4 modes dans lesquels l’automatisme de l’accompagnement peut fonstionner: full range chord, fingered, casio chord ou normal. De même, durant le jeu, on peut trigger à souhait les intros, les fills et les finales. Le système avancé de leçons en 3 étapes est l’élément par lequel le Casio CTK-591 se différencie. La possibilité vous est offerte d’apprendre un morceau en trois étapes. Vous pouvez à tout moment adapter le tempo selon votre propre goût ou vos capacités. Tout en jouant, vous pouvez vous laisser encourager par une voix humaine virtuelle et des signes visuels dans le display. En fin de session d’étude, l’ordinateur de bord calcule une évaluation générale. Par le joint d’un mini-séquenceur, on peut encore enregistrer deux pistes et mettre en mémoire jusqu’à deux songs.
ERGONOMIE Approfondissons un instant ce système de leçons en 3 étapes. Lorsqu’on sélectionne le song à apprendre et qu’on active la touche correspondante pour l’étape 1, n’importe quelle touche que l’on va enfoncer sonnera comme la note juste. De ce fait, vous pouvez vous concentrer sur le timing correct. Si vous arrêtez, l’accompagnement s’arrête aussi jusqu’au moment où vous enfoncez à nouveau une touche. Dans l’étape 2, il s’agit de la mélodie. Dans le display, on voit une portée, et aussi une main gauche et une main droite. Les notes justes y sont reproduites. L’accompagnement vous attend toujours, de sorte que vous puissiez vous-même régler le tempo. Au cours de l’étape 3, c’est à vous de suivre le tempo. Mais les notes exactes restent toujours reproduites dans le display. On peut également utiliser un guide “parlant” pour le doigté et même isoler certaines phrases et les étudier de manière répétitive. Toutefois, je dois ajouter ici que, tout comme avec un vrai professeur de musique, une discipline personnelle reste très importante si on veut faire des progrès. Cette fonction d’étude est une aide pratique, mais elle exige encore toujours la dose nécessaire de concentration et de persévérence de la part du claviériste débutant.
La structure interne du CTK-591 est construite à partir d’une banque song, d’une banque piano et d’une banque rythme. Cette dernière n’utilise pas les fonctions d’étude et forme en fait la base traditionnelle des homekeyboards habituels. Une série d’accompagnements et de rythmes qui nous suit d’une manière plus ou moins artificiellement intelligente lors de l’harmonisation de notre jeu. En cela, les boutons concernant play/stop, pause, ffw et rew possèdent une double fonction pour ajouter des fills, des intros et des endings. Les banques piano et song sont pratiquement identiques. La différence réside dans le fait que la banque piano possède une collectioon de solos de piano qui utilisent les deux mains dans le mode leçons. Et puis on trouve encore la fonction “sing along”. Lorsqu’on la branche, la mélodie du morceau choisi diminue de volume par rapport à l’accompagnement, ce qui facilite grandement de pouvoir chanter conjointement. A l’extrême droite du panneau avant se situe un clavier numérique. Ceci est la manière la plus rapide pour sélectionner les sons, les rythmes et les chansons. A mon avis, ce qui manque, c’est un bouton panic ou exit. Avec une telle fonction, on peut revenir à chaque fois au menu précédent ou au menu de base en enfonçant un seul bouton, sans devoir repasser en revue en sens inverse toutes les étapes déjà parcourues. La présence d’un pitch-bender et d’une roue de modulation augmenterait de manière spectaculaire les possibilités d’expression de cet instrument. Mais le prix aussi, vraisemblablement.
QUALITE SONORE Une polyphonie comptant 24 notes, mais on ne lui en voudra pas, à cet instrument. Dans un passé pas encore si éloigné, on pouvait trouver ceci suffisant. 254 sons dont 128 timbres General Midi et un sample stereo grand piano. Mais il n’y a qu’une seule banque qui abrite tous ces sons. Pour l’utilisation avec un ordinateur, il aurait été intéressant de subdiviser des sons entre une banque GM séparée et une autre banque. Les sons non-GM ne sont ici en général que des variantes des sons GM. La sonorité piano que cet instrument essaye de reproduire n’est pas trop mal. Bien entendu, il ne faut pas aller le comparer avec un sample de piano de Kurzweill, par exemple, qui coûte 20 fois le prix du Casio. Toutes les sonorités ressortent le mieux via l’amplification incorporée (plutôt bon marché). Le son plutôt Low-Fi rajoute en quelque sorte une espèce de chaleur aux sonorités des échantillons assez stériles. Lorsque j’ai écouté l’instrument par le joint d’une paire de moniteurs de studio Alesis M1, j’ai constaté un grand nombre de manquements qui n’étaient pas audibles dans les haut-parleurs du CTK-591.
Mais ceci est peut-être un peu trop couper les cheveux en quatre, car pour son prix, ce “keyboard” sonne plus que convenablement. Des effets? Rien! Si ils étaient quelque part présents, ils devaient à mon avis faire partie intégrante des échantillons de bases. Personnellement, je trouve les sons de batterie un élément positif. De même, les “grooves” présents dans le mode rythme font preuve d’une programmation de bon goût et ils possèdent plus de “schwung” que ce que j’ai déjà pu entendre sur des instruments nettement plus chers.
BUDGET Comme c’est l’habitude chez Casio, cet instrument est à la portée de la plupart des musiciens. Si on place cet instrument dans son juste domaine, on peut considérer qu’on reçoit pas mal pour son argent. Des sonorités de bonnes à très bonnes et des patrons d’accompagnement actuels et plein de style. Ajoutons la fonction de leçons interactive et un amateur débutant y trouvera un plaisir musical pour un temps indéfini.
CONCLUSION Le cadeau idéal pour la Noël. Agréable et éducatif. Même après avoir parcouru le “paquet de leçons”, on peut encore rester créatif avec cet instrument. Avec les accompagnements en différents styles, on peut même songer à commencer à créer de propres compositions. Pour le musicien avancé ou professionnel, ce Casio semble chouette pour la chambre à coucher (par exemple, pour essayer une idée) ou comme midi-controller avec l’ordinateur (mais sans pichtbend ni roue de modulation).
PRO & CONTRA
PRO
CONTRA
valeur éducative/concept agréable du système de leçons à 3 étapes