TUBE AMPLIFIER HEAD
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En 1990, la définition même du mot ‘ampli pour guitare’ volait en éclats par les bons soins du Sieur Randall Smith. C’est le nom du génie concepteur qui se cache derrière la marque Mesa Boogie. Et s’il a révolutionné le petit monde de l’amplification pour guitare, c’est en lançant sur le marché le Dual Rectifier. Quantités d’albums ont été enregistrés avec un Dual Rectifier (son “petit nom”, c’est Recto), et sur les podiums du monde entier, il a tenu de nombreuses foules en haleine … Le Dual Rectifier de Mesa Boogie est tout simplement une des meilleures têtes d’ampli du monde, et elle est avant tout estimée pour son caractère moderne, ses sons à haut gain. Et maintenant, vingt ans plus tard, le Dual Rectifier bénéficie d’une mise à jour sous le doux nom de ‘Multi-Watt’. Voici un test d’exception, je vous l’assure: de quoi ses lécher les babines!
CONCEPT
Bien … pas facile de résumer le concept d’une telle icône en quelques lignes, mais bon, je vais tenter ma chance du mieux que je pourrai … Avec le Recto, Mesa Boogie privilégie avant tout la polyvalence. L’objectif est mettre dans une tête d’ampli de 100 watts un maximum de possibilités tonales. Jugez vous-même: trois canaux indépendants, chacun avec leur égalisation indépendante et un inverseur de voicing. Le canal 1 propose Clean et Pushed, et les canaux 2 et 3, Raw, Vintage et Modern. Nous disposons donc d’emblée d’une nouveauté par rapport à la première version du Recto, car celle-ci n’avait pas d’option ‘raw’ sur les deux derniers canaux. Ce qui est également tout à fait neuf, c’est la possibilité de choisir entre 50 et 100 watts, et en plus, au niveau de chaque canal, via un petit inverseur sur le panneau des commandes. Ce dernier met en ou hors service deux des quatre lampes 6L6, ce qui donne aussi une explication immédiate à l’appellation ‘Multi-Watt’. Et ce n’est pas fini: on se sent presque … envahi par une multitude de possibilités de réglages en face arrière, et pourtant, tout reste en fait assez cohérent et facile d’emploi pour autant que l’on prenne la …
… NOTICE D’EMPLOI …
… un minimum au début: il s’agit d’un livret élégant, rien moins qu’une quarantaine de pages au format A4! Après une introduction et les précautions d’usage en matière de sécurité, on a d’abord droit à un survol très clair, ainsi que les informations nécessaires pour pouvoir “démarrer”. Vient ensuite un passage en revue du panneau des commandes, avec les modes de ses canaux et ses contrôles spécifiques. Après une “aire de repos” bienvenue, on se lance dans l’examen de la face arrière, avec, de nouveau, des explications détaillées pour chaque contrôle ou connexion. Pour terminer, il y a encore place pour des ‘Factory Sample Settings’, pour un peu d’explications sur le rôle de chaque lampe plus quelques détails techniques sur les lampes, le bias et les impédances de haut-parleurs. J’ai beaucoup apprécié cette approche, car le public potentiel pour ce type d’amplis se compose essentiellement de personnes qui en savent plus, ou veulent en savoir plus sur le fonctionnement de leur ampli. Les caractères du texte sont faciles à lire, et les illustrations sont nombreuses. Le seul point qui pourrait porter flanc à la critique est que la seule langue employée est l’anglais …
IMAGE
Partout où j’ai débarqué avec le Dual Rectifier pendant la période de test, j’ai eu droit à des regards d’émerveillement: tous les musiciens sont pour le moins impressionnés par le logo Mesa Boogie! Chose qui est bonne à préciser, car cela montre que tout le monde connaît et apprécie la marque Mesa Boogie, et ce, pas seulement dans les milieux du hard ou du métal. Mais leurs regards étaient encore plus admiratifs lors qu’ils ont entendu cette merveille en pleine action! Au niveau de l’image et certainement aussi du son, Mesa Boogie est l’une des premières marques au monde. Point-barre …
CONSTRUCTION
Le boîtier du Dual Rectifier est de construction normale pour une tête d’ampli: une enceinte en bois, quelques renforts, une poignée et des coins de protection. On a cependant soigné les détails, car par exemple, les coins de protection sont en cuir en lieu et place de l’habituel métal, chromé ou pas. Le détail le plus frappant de ce boîtier, c’est que, au dessus du panneau des commandes, la finition n’est pas en tissu comme à l’habitude, c’est une plaque d’aluminium plein. Au niveau du châssis, tout est parfait. On remarque qu’on a réfléchi à tout, et de puis belle lurette! Chaque bouton est à la place qu’il faut, le poids est bien réparti, etc … Un point négatif, c’est que, d’après moi, il faut être vraiment très proche du panneau des commandes pour pouvoir lire toutes les dénominations qui y figurent. Mais il y a une raison: le panneau des commandes est tellement “bien garni” qu’il aurait été impossible de faire autrement. Deuxième point négatif - mais là, je cherche vraiment la petite bête! -: le couvercle de protection des lampes de l’étage de puissance. Ce dernier est fixé avec quatre clips en plastique, et il a l’air assez fragile. Mais pour le reste, rien que des louanges! Au niveau de la construction également, ce Dual Rectifier appartient au meilleur de ce qui existe sur le marché, sans pour autant aller du côté des têtes d’amplis hyper lourdes.
CONNEXIONS
AU SECOURS!!!! Par où diable commencer ??? Mesa Boogie aime proposer aux guitaristes professionnels toutes les possibilités imaginables … Et en ce qui concerne les connexions, il n’en va pas autrement. La face avant ne compte qu’un seul jack d’entrée. Par contre, la face arrière propose rien moins que 13 jacks, une prise DIN et la prise IEC. Ces deux dernières sont prévues, respectivement, pour le pédalier (qui comporte six fonctions) et l’alimentation secteur. Cinq des jacks sont destinées au branchement des haut-parleurs: un pour 16 ohms, deux pour 8 ohms et deux pour 4 ohms. Tout à fait à gauche, il y a un ‘Slave Out’: il permet de piloter d’autres amplis de puissance. La connexion a son réglage de niveau de sortie. La boucle d’effets est en série, et elle ne propose qu’un send et un return, chacun flanqué de son réglage. Grâce à un bouton rotatif, la boucle d’effets peut être assignée à l’ensemble, seulement au canal 1, 2, ou 3, à l’interrupteur à pied, ou elle peut être mise hors service. Il y a aussi d’autres jacks d’usage moins courant. Par exemple, la sortie pour l’accordeur donne toujours un signal clair pour un accordage facile. Nous voyons ensuite des jacks nommés channel 2, channel 3, solo en loop. Grâce à ces connexions, ces fonctions peuvent être appelées via jack, ce qui est très pratique quand on travaille avec un contrôleur MIDI. Mais ne me comprenez pas de travers: le Dual Rectifier ne propose pas de fonctionnalités MIDI, c’est simplement une autre manière de changer de canal via une source externe, la plupart du temps au standard MIDI.
POSSIBILITES
Je n’en avais pas tout à fait fini avec la face arrière … Car avec le connecteur DIN, il y a un sélecteur rotatif qui permet de choisir les canaux. Il entre en service seulement quand le pédalier n’est pas utilisé. Si vous l’utilisez, il faut alors mettre le sélecteur sur ‘footswitch’. Quant au bouton ‘bias select’, on choisit de le régler en fonction des lampes de puissance présentes dans l’ampli: des 6L6 ou des EL34. A la sortie de l’usine, ce sont des 6L6, mais si vous le désirez, vous pouvez les remplacer par des EL34, à condition, bien entendu, de placer le bouton de ‘bias select’ sur ‘EL34’. Viennent ensuite trois petits inverseurs, un pour chaque canal. C’est ainsi que l’on choisit quel type de redresseur on désire: diode ou lampe. Le redressement par diode donne un son un peu plus puissant et direct, ou si vous préférez: plus moderne. Le redressement par les lampes donne un son plus doux, peut être un peu moins puissant, mais c’est l’idéal pour un solo qui “chante”! Et pour terminer (la face arrière), il y a encore un inverseur qui permet à l’ampli d’être ‘bold’ ou ‘spongy’. ‘Bold’ est synonyme de puissant, moderne et épais. ‘Spongy’ active une sorte de ‘variac’ intégré qui diminue la tension et qui donne accès au ‘brown sound’ de jadis. Le bénéfice supplémentaire, c’est que cela permet aux lampes de durer plus longtemps. Et la puissance diminue également: c’est donc plus facile de provoquer de la disto - tant recherchée! - au niveau de l’étage de puissance. Passons au panneau des commandes … Chaque canal possède six potentiomètres: gain, master, presence, treble, mid et bass. Comme si cela ne suffisait pas, chaque canal comporte en plus un inverseur de voicing. Sur le canal clean, il permet de choisir entre ‘clean’ et ‘pushed’. Pour de vrais sons clairs disposant d’une grosse réserve de gain (comme pour le funk et le reggae, par exemple), l’option clean est la meilleure. Si vous désirez un clean avec un peu de chaleur et une très faible distorsion, alors il faut vous tourner vers l’option pushed. Dans ce cas, avec le gain sur dix, on obtient déjà un sérieux taux de disto, idéal pour des riffs blues ou pour une rythmique crunch. Sur les canaux 2 et 3, l’inverseur de voicing propose trois positions: raw, vintage et modern. Raw est en fait la suite logique du mode pushed du canal 1. Il comble donc le vide que comportait la première version du Dual Rectifier, étant donné que cette option n’existait pas. Avec Vintage, la plupart des guitaristes ont déjà plus de gain qu’il ne faut pour faire trembler des salles entières sur leurs fondements. Et avec Modern, votre guitare dispose de l’arme fatale pour le métal et ses “solos de course”! Avec le mode Modern, vous avez LE son d’ampli avec lequel des groupes comme Metallica ont écrit l’Histoire. Modern, c’est LE son du Dual Rectifier! Via ‘Output’, on règle bien entendu le volume général, et via son “compère” juste à côté, le potentiomètre ‘Solo’, on détermine l’écart de volume entre les solos et les parties rythmiques. Cela nous amène tout naturellement aux possibilités de l’interrupteur à pied, qui compte six interrupteurs. Ceux-ci sont agencés en deux lignes de trois. La ligne inférieure se compose des switchs Channel 1, Channel 2 et Channel 3. A droite de la ligne supérieure, on trouve ‘Solo’ (pour monter quelque peu le volume quand vous jouez un solo), ‘Loop’ (pour mettre en ou hors service la boucle d’effets, une option très pratique, par exemple quand vous utilisez plus d’effets pour votre solo: vous pouvez tout préparer à l’avance, et ne vous en servir que quand c’est nécessaire), et enfin, une fonction ‘Mute’. Tout aussi pratique, celle-ci permet de réduire votre guitare au silence pendant que vous vous accordez, ou d’éviter des bruits de jacks que l’on (dé)branche … L’inconvénient, c’est que l’on peut aussi l’enclencher par inadvertance, ce qui n’est certainement pas ce que l’on souhaite au moment de se lancer dans un solo endiablé!
SON
Jusqu’à présent, j’associais les Dual Rectifier avant tout avec les sons propres au métal, avec les amplis “hurleurs” et difficiles à contrôler, et dont les sons clairs n’avaient pas beaucoup d’âme … Cela vient probablement du fait qu’il y a des années, j’ai assisté au spectacle d’un groupe qui, manifestement, ne savait vraiment pas ce dont leur Dual Rectifier était capable. Et donc, j’ai été agréablement - le mot est faible! - surpris par la polyvalence de cette tête d’ampli. Mes goûts personnels m’ont conduit avant tout vers le canal 1, mode pushed, et vers le mode Vintage des canaux 2 et 3. Et ces choix sont probablement dus à ma préférence pour le blues rock et le hard rock. Bien entendu, les réglages “modernes” n’ont eu aucun mal à me convaincre, eux aussi, et ce sont eux qui “personnifient” avant tout le Dual Rectifier! Choisissez ce mode si vous jouez du Metallica ou du Dream Theater! Raw est un mode qui se compare le mieux à Vintage, mais alors, avec une bonne dose de gain en moins. Dans ce mode, j’ai parfois trouvé plus difficilement la “bonne” égalisation. Les fonctions qui rendent le son un peu plus ‘old school’ font un boulot très réussi. Ils peuvent paraître quelque peu sophistiqués, cela n’empêche qu’ils sont faciles à utiliser, et surtout, qu’ils apportent effectivement ce “petit quelque chose” au son qui est si difficile à décrire si on ne l’a pas déjà entendu … Mais ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que nous sommes en présence d’un ampli dont l’atout principal est la polyvalence: c’est un vrai couteau suisse! Il n’y a pas un seul style où il ne puisse briller, bien que le métal soit son biotope naturel …
BUDGET ET CONCLUSION
Vous ne serez vraisemblablement pas surpris par le prix: 2795 euros, qui est le prix brut conseillé et TVA comprise. OK, il est clair qu’il existe des têtes à lampes meilleur marché qui ont peut être elles aussi trois canaux. Mais elles ne proposent certainement pas autant de possibilités … et elles ne s’appellent pas non plus Mesa Boogie Dual Rectifier! De toute façon, un tel achat est un investissement à vie, et si d’aventure, il vous prenait l’idée saugrenue de vouloir le revendre, sachez qu’il conserve un pouvoir de revente élevé en seconde main. Cette nouvelle série du Dual Rectifier n’a que quelques rares concurrents de par le vaste monde: tous les autres sont incapables de “jouer dans la même pièce”. De plus, la différence avec la version précédente n’est que de cent euros environ, alors que l’on bénéficie pourtant de pas mal de nouvelles fonctions intéressantes: la puissance par canal est réglable entre 50 et 100 watts, le mode Raw vient s’ajouter sur les canaux 2 et 3, et le choix du redresseur - ce mot, ‘rectifier’ en anglais, donne d’ailleurs son nom à l’ampli! - se fait aussi au niveau de chaque canal. Si vous voulez avoir chez vous l’un des meilleurs amplis du monde, l’un des plus polyvalents, cet ampli est fait pour vous! Pas de simulations, pas de modélisations … juste le “vrai truc”, quoi!