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Meet Music Magazine review: Bugera V55HD
       Bugera V55HD
[ Auteur: Stéphane Landtmeters ]  [ Edition: Nr.254 - Février 2010 ]
Cela fait déjà quelques années que Behringer a créé sa propre marque d’amplis pour guitares, et elle a pour nom Bugera. Je n’ai encore jamais joué sur cette marque, et j’étais donc tout excité quand j’ai appris que j’allais tester la tête d’ampli V55HD. Et je ne peux pas non plus cacher que j’ai immédiatement éprouvé un sentiment de méfiance: des amplis à lampes construits par Behringer, et qui sont vendus à moitié pour rien … Si cela pouvait se révéler positif … Et tout de suite, j’ai eu un indice qui allait dans le bon sens: en effet, l’importateur nous a contacté spécialement pour nous dire que les choses avaient changé chez Behringer. Jusqu’ici, leur slogan pouvait se résumer à “le double de possibilités pour la moitié du prix!”, et pour tenir parole, la firme a commencé à produire en Chine. La plupart du temps, cela impliquait d’utiliser les composants électroniques qu’on trouvait sur place (et souvent, les meilleur marché), ce qui revenait à travailler avec différents fournisseurs, mais aussi, à avoir des hauts et des bas au niveau de la qualité des produits. De cette manière, Behringer est parvenu à construire des produits particulièrement bon marché, mais l’envers de la médaille, c’est qu’il n’avait pas toujours une bonne image. Entretemps, Behringer s’est fortement développé et a accumulé un capital suffisant pour investir dans sa propre usine en Chine (!), tout en mettant, au niveau de la qualité et de la recherche, la barre nettement plus haut que par le passé. Et pourtant, il ressort que la tendance des prix “à ras des pâquerettes” s’est maintenue … Eh bien, voici le moment venu de confronter tous ces “bruits de couloirs” à la réalité des faits, et ce, via le banc d’essai de ce mois: la tête à lampe Bugera V55HD.

CONCEPT


La V55HD est donc une tête à lampes de 55 watts équipée de lampes 12AX7 dans le préampli et de deux lampes 6L6 dans l’étage de puissance. Il y a deux canaux, et ceux-ci partagent une égalisation commune. Autres caractéristiques: une réverbe digitale, un master volume et un inverseur de mode (pentode / triode) qui permet de jouer à mi-puissance. Mais par dessus tout, c’est le prix qui doit être l’argument décisif poussant à l’achat, sans pour autant faire de concessions au niveau du son et de la construction. Facile à dire, pas vrai? Mais à faire … A moi donc de voir si Bugera remplit le contrat qu’il s’est lui-même imposé.

NOTICE D’EMPLOI


Cela vaut quand même la peine de parler de la notice d’emploi, car de temps à autre, chez Meet Music, nous nous plaignons que telle notice d’emploi n’est disponible qu’en une seule langue, ou ne l’est pas dans nos langues nationales. A l’inverse, Bugera fait l’effort d’éditer sa notice d’emploi en … treize langues! Espérons que le chiffre ne portera pas malheur … Pas de critiques, alors? Si, quand même, car toutes les langues se “côtoient”. Je m’explique: pour chaque bouton ou chaque fonction, vous avez en dessous une kyrielle de lignes: la même phrase dans chaque langue. Il faut donc à chaque fois “naviguer” dans le texte jusqu’au moment où on trouve sa propre langue pour glaner quelques mots d’information. Par contre, les schémas sont très clairs, de même que les tableaux. Disons juste que les explications sont assez sommaires, mais tout à fait suffisantes pour pouvoir démarrer.

CONSTRUCTION ET FINITION


J’ai vraiment été agréablement surpris par la construction de cette tête. A première vue, il s’agit d’ un élément vraiment très costaud, il semble qu’aucun compromis n’ait été concédé pour comprimer les prix. Mais quand on y regarde de plus près, un certain nombre de choses apparaissent. C’est ainsi que le bois utilisé n’est pas du multiplex, mais du MDF, une matière de niveau légèrement inférieur. J’ai aussi enlevé un bouton, ce qui m’a permis de constater que, très vraisemblablement, les potentiomètres sont en partie en plastique, et non pas 100 % en métal. Mais ceci mis à part, il demeure que la V55HD paraît très solide. A aucun moment je n’ai eu le sentiment de me trouver en présence d’un ampli dont une pièce ou l’autre pouvait se casser. Et ces potentiomètres ont un toucher idéal, ni trop dur, ni trop “facile”. De plus, tous les boutons et les vis sont parfaitement droits, rien à dire de ce côté-là non plus. On a donc réussi à économiser, mais impossible de dire comment on a fait … La bonne idée, c’est donc d’être prudent quand on déplace cet ampli, mais c’est un conseil qui vaut de toute façon pour tous les amplis, même quand ils sont construits comme des tanks! Les coins de protections sont présents partout où il faut, et les poignées semblent aussi très solides. La V55HD est habillée d’un Tolex de bonne facture. Elle me fait penser à des amplis nettement plus chers et réagit de manière très agréable. Les couleurs, elles aussi, ont été judicieusement choisies et s’accordent à la perfection avec le V de Vintage (comme V55HD ou série V, dont cet ampli fait partie).

POSSIBILITES & CONNEXIONS


La V55HD dispose de deux entrées pour la guitare: ‘normal’ et ‘bright’. Selon la notice d’emploi, il est bon de brancher une guitare avec des humbuckers sur l’entrée bright. Sur base du test, il ressort plutôt que les deux entrées fonctionnent correctement, que ce soit avec des simples ou des doubles bobinages. Tout cela dépend en fait du son que vous recherchez. Pour des sons clairs funkys, le mieux est de choisir l’entrée bright. L’entrée normale est plus indiquée pour obtenir des sons clairs plus “chauds”. La face arrière, en plus de l’habituelle prise IEC (pour l’alimentation secteur), propose en plus une boucle d’effets (send et return en série, entre le préampli et l’ampli), une connexion pour l’interrupteur à pied (livré) et deux connexions pour raccorder des enceintes de haut-parleurs. Opérant conjointement avec ces dernières, il y a un inverseur d’impédance qui permet de choisir entre 4, 8 ou 16 ohms. Et pour terminer, mentionnons également l’inverseur triode / pentode, qui permet de diviser la puissance de l’ampli par deux (en position triode). Encore une précision sur l’interrupteur à pied livré avec l’ampli: il sert à changer de canal et à mettre la réverbe en ou hors service. L’inverseur de canal est identifié par une LED rouge agréable, mais l’inverseur pour la réverbe l’est par une LED bleue qui est beaucoup trop vive, ce qui m’a terriblement dérangé quand je jouais dans des endroits assez sombres.
Le panneau des commandes dispose de deux canaux qui partagent une égalisation commune. Juste à côté du réglage des médiums, il y a également un petit bouton ‘boost’ pour augmenter les médiums. Le canal clair n’a qu’un seul bouton de volume qui porte le nom de ‘clean’. Par contre, le canal saturé possède deux boutons: un de gain (qui détermine la quantité de distorsion du préampli), et un de volume (qui détermine quel sera le niveau général de ce canal par rapport au canal clair). Les autres boutons sont des contrôles généraux: l’égalisation (bass, mid et treble), le master (le volume de l’ampli de puissance), la présence (les aiguës supérieures, donc encore un peu plus haut que le contrôle ‘treble’), et la réverbe (une version digitale, donc pas de longue boîte contenant un ressort ici). Et enfin, les interrupteurs de mise sous tension et de standby. Pour la mise en route, il faut d’abord enclencher la mise sous tension. Et c’est seulement une minute plus tard que vous pouvez enclencher le standby, quand les lampes ont eu le temps de chauffer.
Sous l’ampli, il y a aussi un point bien particulier à mentionner. A peu près au milieu, il y a une sorte de petite fenêtre qui est fixée par quelques vis. C’est là que se trouve le réglage de bias. Tout près, les points de contrôle sont reliés par un connecteur Cinch/RCA, ce qui permet d’y avoir accès sans devoir démonter le châssis. Pour le réglage du bias lui-même, on n’a même plus besoin d’un tournevis, car on peut facilement faire le réglage voulu au moyen d’un petit bouton. Voilà qui est malin … Mais si vous n’y connaissez rien dans le domaine, surtout, abstenez-vous!

SON


Je commence par le canal clair, et immédiatement, un son des plus chauds me fait la fête! Par hasard, l’inverseur de mode était sur triode, donc, mi-puissance, et j’ai donc pu pousser assez loin tant le bouton de volume clair que le master volume afin de provoquer une distorsion importante dans l’étage de puissance: un vrai délice! Mais ceux qui aiment un son vraiment clean y trouveront aussi leur compte, surtout en passant par l’entrée bright. A cet effet, il convient de fonctionner en mode pentode, avec peu de volume clair et un master volume assez élevé. Bref, la démarche à adopter, c’est de faire ses expériences avec les différents volumes, et vous irez du clean funky à une disto blues rock, tout cela rien qu’avec le canal clair!
Passons maintenant au canal saturé. Ici aussi, on peut expérimenter avec beaucoup ou peu de master volume, beaucoup ou peu de gain, les modes pentode et triode, et j’en passe ... La palette sonore est très large: d’une saturation sèche et incisive, via un crunch des plus chauds, pour aller jusqu’à une disto puissante, parfaite pour le hard rock. Et à aucun moment, je n’ai eu le sentiment de jouer sur un ampli bon marché. Les sons sont particulièrement convaincants, et les réglages, très intuitifs.

BUDGET & CONCLUSION


Pour une fois, ce chapitre est celui que j’écris avec le plus de plaisir! Les exceptions confirment la règle, n’est-ce pas? Mais une précision d’abord: la V55HD (une tête de 55 watts, donc) est le vaisseau-amiral de la série V. Dans cette série, on trouve aussi le V5 (un combo de 5 watts), le V22 (un combo de 22 watts), et le V55 (un combo de 55 watts). Tous sont vendus pour une bouchée de pain, ou juste un peu plus si nous nous exprimons en euros. Jugez vous-même: le V5 coûte 180 euros; le V22, 362 euros; le V55, 483 euros; et la V55HD, objet de ce banc d’essai, est vendue 362 euros. Tous ces prix sont des prix bruts conseillés TVA comprise. Si ce ne sont pas là des prix plus qu’attractifs, je n’y comprends plus rien! En ce qui concerne la V55HD, j’aurais cru qu’elle coûterait facilement le double, pour ne pas dire le triple! Nous sommes en présence d’un ampli extrêmement polyvalent, doté d’un beau son à lampes et de suffisamment de possibilités pour procurer à son propriétaire beaucoup de plaisir, que ce soit sur scène ou en répétition. La V55HD m’a également convaincu à cause de la chaleur de ses sons et l’aisance de ses réglages, très agréables à manipuler. Peut être la construction n’est-elle pas tout à fait du même niveau que celui des grandes marques, mais le prix ne représente qu’une fraction de ce que l’on paie pour une tête équivalente dans une marque qui a un nom connu et une grande renommée. Pour celui dont le budget est limité, mais qui veut absolument une tête à lampes, et qui est disposé à la manier avec prudence, la V55HD de Bugera est incontestablement une affaire de tout premier ordre!


PROCONTRA
  • le PRIX, le PRIX, le PRIX!!!
  • sons, convaincants tant en son clair qu’en son saturé
  • finition, élégante
  • utilisation très intuitive
  • LED bleue de l’interrupteur à pied, trop puissante