Meet Music Magazine review: Sterling JP50
       Sterling JP50
[ Auteur: Stéphane Landtmeters ]  [ Edition: Nr.253 - Janvier 2010 ]
Il y a peu, je n’avais encore jamais entendu parler de la marque Sterling, et je suppose qu’en ce qui vous concerne, il en va de même … Et c’est tout à fait normal, puisqu’il s’agit d’une jeune marque qui a fait son apparition au NAMM Show d’hiver de cette année, sur le stand de Music Man! Quoi qu’il en soit, le nom complet de cette marque, c’est ‘Sterling by Music Man’, tout comme le nom de leur site, d’ailleurs: www.sterlingbymusicman.com . C’est l’option choisie par Music Man pour proposer ses instruments à un prix nettement plus démocratique. L’objectif de la firme, c’est de concevoir des guitares de milieu de gamme: la cible de ce segment, ce sont clairement les guitaristes qui veulent franchir un pas décisif en s’orientant vers un instrument plus professionnel, ou encore, ceux qui recherchent une seconde guitare de qualité.

CONCEPT

L’importateur nous a envoyé une JP50, et cette abréviation signifie qu’il s’agit d’un modèle signé par John Petrucci, guitariste du groupe de métal progressif Dream Theater, modèle qui est fabriqué en Indonésie. Tout comme le “vrai” modèle signé par Petrucci, la JP6, la JP50 est équipée de deux humbuckers. Par contre, ce qui fait défaut, c’est la possibilité d’émettre des sonorités en provenance d’éléments piézo: donc, pas de sons acoustiques pour notre modèle … Pour le reste, les caractéristiques du modèle John Petrucci original sont conservées le mieux possible sur la JP50: un corps en tilleul, un manche en érable, une touche en palissandre, des mécaniques autobloquantes, etc …

CONSTRUCTION ET FINITION


La forme du corps est celle d’une Music Man Silhouette normale, mais avec en plus, une partie beaucoup plus amincie à l’endroit où repose l’avant-bras. La tête est un peu différente et est sujette à pas mal de controverses, une conclusion que je tire en entendant les réactions de mes élèves … D’un côté, il y a ceux qui n’apprécient pas (elle est trop petite, et donc, c’est plus difficile de saisir et de faire tourner la mécanique recherchée), et de l’autre, il y a ceux qui trouvent le changement génial! Personnellement, je fais partie de ce second groupe: j’apprécie cette forme plus compacte. De plus, les cordes continuent leur trajet pratiquement en ligne droite vers les mécaniques, ce qui favorise la stabilité de l’accordage. Et enfin, la face avant de la tête possède la même couleur que le corps de l’instrument. Les côtés et la face arrière sont recouverts d’un vernis super-brillant, ce qui tranche radicalement par rapport à l’arrière du manche, pour quel on a préféré une finition satinée mate, gage d’un meilleur confort de jeu. Sur le corps, pas de plaque de protection, mais deux micros à haut gain, à double bobinage, qui sont donc fixés à même le corps de l’instrument. Le tremolo repose sur deux vis de type diabolo, il s’agit donc d’un modèle dit “flottant”. Malgré le fait qu’il ne s’agit pas d’un tremolo à blocage double, l’accord reste particulièrement stable. Même après avoir pratiqué quelques effets extrêmes imitant un largage de bombes, toutes les cordes restent bien accordées. La finition est d’un niveau réellement supérieur, qu’il s’agisse de la pose de la peinture ou du placement et de la qualité de l’accastillage. Et tant qu’on parle de l’accastillage: on ne se contente pas de simples mécaniques, mais bien de modèles autobloquants! La marque de ces mécaniques n’est pas précisée, il est donc vraisemblable qu’il s’agisse d’une fabrication “maison” (Music Man/Sterling), ce qui ne les empêche pas de faire leur boulot correctement: au toucher, elles paraissent vraiment de bonne qualité, et cela ne se démentira pas à l’usage … Le manche est équipé de 24 frettes de type jumbo. Même les dernières frettes sont très faciles d’accès grâce à une importante découpe au niveau du talon du manche.

ERGONOMIE ET CONFORT DE JEU


Le sélecteur de micros et les boutons de volume et de tonalité se trouvent assez loin des cordes: il n’y a donc aucun risque de modifier les réglages par accident pendant le jeu. A l’inverse, cela comporte un désavantage, celui de rendre l’accès plus difficile au bouton de volume quand on veut une modification pendant que l’on joue. Les effets de violon sont donc à oublier avec cette JP50, mais John Petrucci n’en fait de toutes façons jamais avec sa guitare, il se sert pour cela d’une pédale de volume. La partie amincie à l’endroit ou repose l’avant-bras ne se remarque pas spécialement pendant que l’on joue: plus exactement, quand on y prête attention, c’est pour se dire que c’est drôlement confortable … A part cela, on oublie très vite sa présence. Le talon du manche a lui aussi été aminci à des fins ergonomiques, de sorte que l’accès aux positions les plus aiguës ne pose aucun problème: l’index arrive facilement à la 19ème position (et donc, l’auriculaire à la 22ème), c’est donc “le pied” … ou dans ce cas-ci, je dirais plutôt … “la main”! Les deux dernières positions sont elles aussi accessibles, mais pour y arriver, il faut quand même “méchamment” étirer le pouce!
A la réception de l’instrument, l’action est plutôt haute. Mais heureusement, le manche est parfaitement droit, et donc, j’ai pu abaisser le niveau du chevalet sans problème. Du coup, le confort de jeu est devenu optimal. La balance de la JP50 est bonne, et après un petit temps d’adaptation, la disposition des mécaniques en “quatre plus deux” devient une habitude. Le manche possède un profil dénommé “à la Petrucci” ; de là à savoir ce que cela veut dire … Mais le plus important, ce qu’il soit agréable à jouer, et même confortable. En tout cas, moi, je me sens “chez moi” avec un tel manche: il n’est ni trop épais, ni trop fin, et son profil n’est ni trop anguleux, ni trop peu. Personnellement, je m’attendais à un manche plus fin pour une guitare ciblée vers le métal, mais cela n’empêche en rien l’exécution de lignes extrêmement rapides.

SON


Avec juste deux humbuckers et un sélecteur à trois positions, on ne peut pas vraiment s’attendre à un son très polyvalent. Mais quoi de plus normal: la JP50 a été conçue en tant que machine faite pour le métal, et ce, sans le moindre compromis. Les micros sont de fabrication maison, ils portent le nom de ‘high output’, mais pour être franc, j’en attendais un peu plus … En effet, le signal “à haute puissance” me paraît plutôt … “normal”, et le côté tranchant / incisif que l’on attend d’une guitare métal est un peu en deçà de mes attentes. Néanmoins, il est clair qu’il y a du potentiel dans cette guitare, car en son acoustique pur (donc, sans la brancher), la JP50 “sonne” avec puissance et clarté. Les potentiomètres de volume et de tonalité assurent parfaitement leur fonction respective: tout cela “marche” bien, donc, pourquoi ne pas le dire?

BUDGET ET CONCLUSION


Pour 875 euros (prix brut conseillé, TVA incluse), la Sterling JP50 sera vôtre. Est-ce une somme importante? En tout cas, c’est ‘non’ quand on pense qu’une Music Man originale vaut le triple, et que le “vrai” modèle (la John Petrucci 6 Piezo), quant à lui, coûte de quatre à cinq fois cette somme! Si l’on peut émettre une critique à l’encontre de cette JP50, elle a trait aux micros, qui sont “un cran en dessous” pour une guitare de cette classe. Par ailleurs, on peut se mettre à faire ses petits calculs: si on combine une JP50 avec un excellent duo de humbuckers de remplacement, on reste toujours en dessous de la “barre” des 1.000 euros. Et dans ce cas de figure, vous obtenez un instrument qui, d’un point de vue technique (appliqué à la guitare, of course!), est parfaitement cohérent. Si vous désirez une arme puissante pour le métal (encore plus) sauvage, peut être faut-il aller voir ailleurs ; mais si vous voulez suivre les traces de John Petrucci en particulier, un test de cette JP50 est incontestablement à envisager pour vous.


PROCONTRA
  • ergonomie parfaite!
  • look très réussi
  • construction: excellent rapport qualité/prix
  • les micros pourraient être meilleurs
  • pas très polyvalente (mais c’est lié au concept même de l’instrument)