Je reçois régulièrement des avis de nouveautés des différents fabricants audio. Certaines sont reprises dans les “hilites” du magazine. D’autres retiennent peu l’attention (que la couleur du Nième bouton d’un appareil change, tout le monde s’en tape) ou au contraire, excitent notre curiosité, à tel point qu’un test nous semble nécessaire. Je pense avoir reçu les premières infos sur la console Studiolive il y a plus d’un an. Et mon attention fut immédiatement attirée. En effet, elle semblait proposer quelque chose de différent. Après des mois d’attente, elle est là. Et vous savez comme moi que plus on attend, plus la rencontre fait plaisir. Les femmes le savent bien: elles sont toujours en retard aux rendez-vous!
PRESENTATION
Nous sommes en présence d’un produit plutôt original. Les tables de mixage sont divisées en deux grandes catégories: les consoles destinées à la sonorisation et celles orientées vers l’enregistrement. Il est possible de faire l’un avec l’autre et vice versa, mais ce n’est pas l’idéal. Presonus propose avec la Studiolive la possibilité de travailler dans les deux camps avec un égal bonheur. Le nom n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard. Il est également possible de réaliser une sonorisation tout en enregistrant en multipistes, et cela de manière très simple. Nous sommes en présence d’une table 16.4.2, ce qui veut dire que l’on dispose de 16 entrées, de 4 sous groupes et de deux sorties (la stéréo). Il s’agit d’une table qui innove réellement, nous allons le découvrir ensemble. Asseyez-vous, cela décoiffe!
DESCRIPTION
La Studiolive est une table numérique avec un vrai feeling analogique. Commençons par la connectique, située sur l’arrière. On compte seize entrées micros en XLR, doublées d’entrées “ligne” en jack. Un insert en TSR est présent pour chaque entrée. Six envois auxiliaires sont présents, de même que deux retours stéréo et quatre envois de sous groupes. Tout ceci est en jack. On trouve en RCA une entrée et une sortie stéréo “tape” pour un lecteur CD par exemple. Les sorties principales sont en XLR et en jack. Il y a également en XLR une sortie “Mono”. En jack on trouve les sorties pour les moniteurs, en usage “studio”. Une entrée XLR est destinée au micro d’ordre (Talkback). Au niveau numérique, il y a une sortie S/Pdif, de même que deux prises FireWire. Deux connecteurs Sub D25 pour les seize sorties analogiques sont également présents, nous en reparlerons. Terminons par l’interrupteur on/off et nous aurons tout dit du panneau vertical arrière. La surface de contrôle est un vrai tableau de bord d’avion. Bien que la table soit numérique, on dispose d’un très grand nombre de commandes, comme sur une table analogique ou presque. Pour tout vous dire, j’ai compté le nombre d’interrupteurs et potards. J’arrive à un nombre assez impressionnant: près de deux cent trente (vous avez bien lu). Et ce pour une table de seize entrées. Le bas de la console comporte vingt et un atténuateurs de voies. Seize pour les pistes individuelles, quatre pour les sous groupes et un pour le master. Chaque fader est surmonté de trois boutons nommés “select”, “solo” et “mute”. En haut à droite se trouve un écran de petites dimensions, entouré de plusieurs touches (dont des flèches pour permettre de naviguer sur l’écran) et d’un encodeur rotatif. La partie la plus importante occupe le centre de la surface de contrôle et est nommée “Fat Channel”. Là on entre dans le vif du sujet. Ce “Fat Channel” comporte une section “gate” disposant des réglages de seuil et de relâchement. A proximité est placé un inverseur de phase et une filtre passe haut dont la fréquence est réglable. La suite comporte un compresseur disposant de tous les réglages nécessaires: seuil, taux, attaque, relâchement, gain, possibilité de le placer en “auto” et en “soft knee”. L’égaliseur qui suit comporte quatre bandes dont les deux centrales sont semi paramétrique, avec la possibilité de travailler en “Hi Q” via un interrupteur. Le haut du pupitre de commande comporte les six envois auxiliaires plus deux envois d’effets intégrés à la table, et la possibilité de palcer chaque envoi en pré ou en post fader. Tout en haut se trouvent les seize réglages de gain avec à chaque fois un interrupteur pour l’alimentation fantôme et aussi seize interrupteurs marqué du symbole “FireWire”. Signalons que tout cela est très lumineux (mon fils m’a dit que cela lui rappelait Noël). Le mode d’emploi est très complet (cent dix-sept pages) et est uniquement en anglais. Il explique en long et en large toutes les fonctions, mais donne également de très judicieux conseils pour tout qui s’intéresse au son.
Outre la table, on découvre dans la boite un câble FireWire et un CD d’installation pour les pilotes et un logiciel audio nommé “Capture”.
UTILISATION
Première remarque: cette table ne ressemble pas à ce qui se fait habituellement, sauf au niveau des faders. Ils possèdent une course de dix centimètres mais ne sont pas motorisés. Alors d’un coup les avis sont divisés. Il y a les ultra conservateurs, qui souhaitent que toutes les tables se ressemblent, et que les fader pourraient au moins être motorisés, puisqu’on est en présence d’une table numérique, etc. (plus loin j’en entends un qui dit que ceux qui ne vont pas à la messe le dimanche seront privés de dessert et que les femmes doivent porter la burqa). Blague à part, j’ai commencé par utiliser la table sans lire le mode d’emploi, ce qui est selon moi la meilleure manière de juger si le fonctionnement est intuitif ou non. Car c’est souvent le problème en sono, surtout quand on fait de l’accueil comme lors d’un festival. Les tables numériques sont très pratiques (mémoires…) mais tout le monde ne les connaît pas. Alors qu’une table analogique est souvent plus intuitive. La disposition des témoins peut perturber au début. Le Fat Channel compte seize ledmètres verticaux de bonnes dimensions, mais pour la lecture des fréquences par exemple, c’est un peu différent de ce qui se fait habituellement. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est assez logique: les fréquences graves sont ici situées entre 36 (en bas) et 465 Hz (en haut). Le ledmètre voisin marque l’amplification (deux leds ou plus allumées vers le haut) ou l’atténuation (idem mais vers le bas). En fait cela choque un peu quand on commence à utiliser la table, mais on s’y habitue très vite, et on a peut-être même tendance à écouter mieux ce que l’on fait, sans se laisser distraire par la lecture. Que je sache, on mixe à l’oreille, non? L’intérêt de cette table en live est qu’il est possible de sauvegarder tous les réglages. Donc les égalisations, les réglages dynamiques, les deux effets intégrés, les auxiliaires, et même les niveaux des faders. Certes, ils ne sont pas motorisés mais lorsqu’on appuie sur la touche “locate” les ledmètres indiquent la position des faders qu’on peut alors bouger jusqu’à ce que les ledmètres vous indiquent que vous êtes en placement correct. Dans ce cas, les faders sont inactifs au niveau sonore bien entendu. Peu ordinaire et si cela fonctionne moins rapidement que des faders motorisés, on peut retrouver aisément la position correcte de l’atténuateur de voie. Signalons que quand on rappelle une scène, les niveaux sont rappelés directement, mais il faut ensuite une trentaine de secondes pour replacer correctement les fader. Cela me rappelle les “Total Recall” de chez Amek, dans les années quatre vingt. Glorieuse référence. Le bouton «solo” peut agir comme un PFL (écoute avant fader) ou comme un vrai “solo in place” au choix de l’utilisateur. Le micro d’ordre est piloté par une touche “Talk”. Malheureusement, le son ne se coupe pas quand on relâche le bouton, comme cela se fait habituellement. Il faut donc bien faire attention à ce que l’on raconte, afin que certaines remarques involontaires ne passent pas dans les retours ou le casque. Vous savez bien, le genre «qu’il est nul ce batteur, mais la chanteuse est vraiment sexy”!
Nous en avons parlé tout-à-l’heure, il est possible également d’enregistrer avec cette console, via le FireWire. Et ceci de manière très simple: chaque piste est enregistrée séparément sur votre logiciel audio préféré, ou via le soft “Capture” qui accompagne la console. Et il est possible de capter le signal directement avant ou après le “Fat Channel”, donc de choisir à quel endroit du circuit sera prélevé le canal enregistré. L’air de rien, ceci procure une très grande souplesse. De plus les envois 17 à 32 sont routés sous forme de huit paires stéréo et peuvent être choisi via le logiciel entre par exemple la sortie principale, les sous groupes, les envois d’auxiliaires, etc. Mais il est aussi possible d’utiliser ce qu’on nomme en studio les “retours machines”, soit les pistes déjà enregistrées sur votre ordinateur. Pour ce faire, il suffit d’activer pour la piste concernée la touche “FireWire” et hop! On entend ce qui est joué par l’ordinateur pour la ou les pistes sélectionnées. Si l’on désire utiliser d’autres convertisseurs que ceux de la table pour enregistrer, il est possible de sortir en analogique via les sorties Sub D-25. Dans ce cas, le signal sera capté juste après les préamplis, donc sans aucun traitement. Au total, il est donc possible d’enregistrer simultanément 22 canaux audio de la table vers votre ordinateur, et de lire dix-huit canaux de l’ordinateur vers la console. Des tas de fonctions utiles et bien pensées sont présentes sur cette Presonus (l’article pourrait sans problème remplir un numéro entier de MMM), mais ce qui domine pour chaque fonction est la simplicité d’utilisation, et le feeling très “analogique”. Une preuve est que j’ai pu aisément travailler plusieurs heures sans lire le mode d’emploi (je l’ai lu ensuite et j’ai découvert quelques fonctions supplémentaires). Autre preuve: le “system menu” qui est en général la partie qui fait peur à tout le monde sur une table de mixage ne fait ici frémir personne: les explications tiennent sur une page et demi. On choisit simplement la fréquence d’échantillonnage (en 44.1 ou 48 kHz), ce qu’on assigne à la sortie S/Pdif, et le fonctionnement de la partie “gate”, qui peut se placer par paire en “expander”. On peut aussi régler le contraste de l’écran. Bref: très peu de choses en vérité. J’étais un peu déçu par les dimensions de l’écran, mais on se sert finalement très peu de cet écran, si ce n’est pour le choix des effets (et il est dans ce cas absolument satisfaisant). En fait, cette Studiolive cache bien son jeu: on est un peu déçu quand on la découvre, et on change complètement d’avis quand on l’utilise. D’autant que sur le plan sonore, nous allons découvrir de jolies surprises.
QUALITE SONORE
Le signal suit le parcours : préampli, insert, inverseur de phase, filtre passe haut, noise gate, compresseur, égaliseur, limiteur. Chacune de ces fonctions peut au choix être activée ou désactivée individuellement. Dommage qu’il ne soit pas possible d’inverser l’égaliseur et le compresseur, cela peut servir.
La Presonus Studiolive travaille en 44.1 ou 48 kHz, au choix. J’entends de suite les esprits chagrins déplorer que l’on n’utilise pas de fréquences supérieures d’échantillonnage. Ce à quoi je répondrai qu’il y a bien d’autres éléments qui entrent en ligne de compte concernant la qualité sonore, et qu’il vaut mieux de bons convertisseurs à 44.1 kHz que de la daube à 192 kHz. Et que le papier se laisse écrire et que quand une marque low cost écrit en grand “192 kHz” sur la documentation et que plus bas on constate que le rapport signal/bruit est merdique ou la dynamique très limitée, on se dit que vraiment la fréquence d’échantillonnage est avant tout un argument de marketing. De grands fabricants de convertisseurs comme Lavry par exemple expliquent en détail cela sur leur site. Si vous ne voulez pas mourir idiots, vous pouvez faire une recherche à ce sujet. La fréquence d’échantillonnage, ce n’est pas comme les chevaux de votre bagnole: plus il y en a mieux c’est. Les convertisseurs sont en 24 bit (là par contre c’est essentiel, et même la blonde que j’ai croisée hier au bar peut entendre la différence), mais le traitement interne se fait en en 32 bit flottant, et ses convertisseurs fournissent une dynamique de 118 dB (et ce dans les deux sens). De même: les préamplis disposent d’une grande réserve (headroom). A l’usage on constate rapidement que Presonus a clairement mis l’accent sur la qualité sonore. Il est clair que des faders motorisés peuvent sembler plus intéressants, mais pour garder le prix le plus abordable possible, le constructeur a semble-t-il effectué les bons choix. Des concurrents qui font référence sur le marché et travaillent parfois à plus haute fréquence d’échantillonnage disposent au total d’une dynamique bien inférieure (genre 105 dB). Par ailleurs, on ne dispose ici que d’un nombre limités de canaux (seize exactement), mais il est possible de joindre deux tables si l’on a besoin de plus (je suppose qu’on peut négocier un bon prix pour la seconde ). Notons que ce modèle peut enregistrer de manière très souple, mais ne peut pas servir de télécommande pour votre logiciel. Les effets sont très bien pensés et très utilisables. Bien entendu, comme toujours en pareil cas, la qualité de ceux-ci n’atteint pas des sommets (il ne faut pas s’attendre à des miracles, certaines reverb haut de gamme coûtent à elles seules plus cher que la table), mais on peut franchement travailler au quotidien. Dernière trouvaille: un double égaliseur graphique 31 bandes assignable via las faders. Avec cette table, vous êtes donc complètement autonome et pouvez oublier les racks qui vous cassent le dos et compliquent le montage. Bref, je trouve énormément d’avantages concernant ce modèle, mais je ne peux m’empêcher d’avoir quelques regrets. Mais bien entendu, cela aurait grevé le budget, sans doute de manière assez lourde. Du coup, on passe dans une autre catégorie financière. Il n’empêche, cette table est selon moi une réussite, surtout quand on lit le chapitre suivant.
BUDGET
2097,- Euro hors TVA, Voilà. Pas de suspense. Directement le prix, sans préparation psychologique.
J’espère que vous étiez assis? Alors que peut-on dire à ce sujet? Ce n’est certes pas une somme ridicule, mais la Presonus Studiolive n’est pas une console ridicule non plus. Donc le budget est amplement justifié. Et quand on essaie de se souvenir (faites un effort) de ce qu’on obtenait il y a seulement quinze ans pour cette somme, on peut constater que l’utilisateur est plutôt choyé.
CONCLUSIONS
Enfin quelque chose d’original. On va aimer ou détester cette Presonus Studiolive, mais il y existe peu de chances qu’elle laisse indifférent. Et cela pour moi est un gage d’intérêt. Que toutes les marques proposent quelque chose de relativement identique me semble peu intéressant. Au contraire le fait que chacun puisse aimer ou détester tel ou tel produit est finalement plus attirant. Au lieu de se morfondre dans un monde gris uniforme, chacun peut trouver chaussure à son pied. Je ne sais si cette Presonus Studiolive vous plaira, mais une chose est certaine: il faut vraiment la découvrir et l’essayer. Et vous risquez d’être séduits…