Le nom de Roger Mayer ne produira sans doute pas grand effet sur la majorité de nos lecteurs, et en plus … non: il n’a rien à voir avec le John du même nom! Mais si nous vous disons que Mr Mayer a été le “gourou ès effets” d’un certain Jimi Hendrix, voilà déjà une “méchante” référence qui va éveiller votre intérêt! En fait, Roger Mayer a développé toute une série d’effets pour Hendrix, dont l’Octavia (cfr Purple Haze) et une série d’effets de type fuzz, que l’on entend avant tout sur l’album ‘Axis: Bold As Love’. Jimmy Page, Jeff Beck et Big Jim Sullivan ont eux aussi figuré parmi ses clients réguliers! Pour faire connaissance avec ce matériel, nous avons à notre disposition deux pédales de fuzz: la Mongoose et la Voodoo Axe.
GENERAL
Concept
L’idée qui se “cache” derrière ces deux pédales est un peu différente, bien qu’il s’agisse, dans les deux cas, de pédales de fuzz. La Voodoo Axe est un fuzz assez sophistiqué: il est centré sur le son fuzz classique que l’on entend sur les enregistrements d’Hendrix, dans l’album ‘Axis: Bold As Love’. Sur cette pédale, on a ajouté un contrôle supplémentaire afin de pouvoir produire en plus des sonorités plus modernes. Quant à la Mongoose, c’est ce que l’on pourrait appeler un fuzz de l’extrême: cette pédale a suffisamment de fuzz, de gain et de puissance dans les basses pour satisfaire n’importe quel amateur de métal!
Esthétique
La série Voodoo de Roger Mayer a une esthétique très sobre: un boîtier noir pourvu de quelques boutons noirs et de bandes de couleur blanche. Tout au contraire, la Mongoose est basée sur un look qui permet de reconnaître les effets de Roger Mayer entre mille: ces pédales ressemblent un peu à un OVNI tel qu’on se le représentait dans les années 60. C’est très original, immédiatement reconnaissable, et de plus, très solide!
Notice d’emploi
Ce chapitre sera très court: ces deux pédales sont livrées sans notice d’emploi! Et même sur Internet, il n’y a pas grand-chose… Mais heureusement, pour l’essentiel, les contrôles parlent d’eux-mêmes. La seule chose à laquelle on a droit en plus de la pédale, c’est un… autocollant Roger Mayer!
CONSTRUCTION
Boîtier
Nous commencerons par la Voodoo Axe, qui est beaucoup plus grande que la taille à laquelle on s’attend pour une pédale qui ne renferme qu’un seul effet. Le boîtier est exclusivement construit en aluminium des plus solides, et la finition en est très sobre. Elle consiste en une couche de peinture noire, avec en plus le logo de la marque, la légende relative aux boutons, et juste quelques lignes blanches en plus. Sous la pédale se trouve la connexion pour la pile, dont l’emplacement se referme par un couvercle à visser. La pile est donc toujours très facile d’accès!
Passons à la Mongoose qui, et c’est à peine croyable, est encore plus volumineuse que la Voodoo Axe. Il s’agit toujours du même aluminium durci, mais la finition est totalement unique: sur toute la face supérieure de la pédale, il n’y a pas un seul logo ou une marque. Ces deux éléments se retrouvent sous la pédale, mais évidemment, ce n’est pas visible pour le public. Les pédales de cette série doivent donc se contenter d’être reconnue de par leur look unique, qui fait ressembler chaque pédale à un OVNI! Le désavantage de ce look, c’est que l’accès au compartiment de la pile est nettement plus difficile pour la Mongoose. Pour ce type de pédale, il faut l’ouvrir totalement en enlevant les vis: c’est à ce prix que la pile est accessible, ce qui représente tout un travail, en particulier quand on est pressé! Un détail encore: la Mongoose n’a pas de connexion pour adaptateur: il faut donc toujours avoir avec soi un tournevis… et une pile de réserve!
Finition
La finition des deux modèles est impeccable: aucun composant branlant, et aucun défaut au niveau de la peinture. Passons donc à autre chose!
POSSIBILITES
Connexions
A ce niveau, la Mongoose est très simple: une entrée et une sortie, toutes deux à l’arrière de l’appareil. La Voodoo Axe est un peu plus évoluée. Il y a bien sûr une entrée, mais aussi, pas moins de... trois sorties: une sortie ‘hardwire’ (en fait, un true bypass), et deux sorties avec buffer. Ces deux sorties avec buffer sont là pour éviter une perte de précision dans les aiguës quand on a recours à de longs câbles. Lorsque la sortie ‘hardwire’ est utilisée, les deux autres sont automatiquement déconnectées. On peut donc utiliser les différentes sorties selon la situation. Jusqu’ici, tout est donc bien au point… Mais voici que vient une critique. Toutes les entrées et les sorties, aussi bien sur la Mongoose que la Voodoo Axe, se trouvent à l’arrière de l’appareil. Et de plus, toutes les connexions sont tellement “enfouies” dans le boîtier qu’il est impossible d’utiliser des jacks à angle droit. Si vous utilisez juste cette pédale, cela ne pose pas le moindre problème. Mais si vous voulez intégrer ces pédales dans un pédalier, cela peut amener des problèmes. Etant donné que l’on doit toujours utiliser des jacks droits, cela veut dire que chaque pédale Roger Mayer prendra systématiquement plus de place sur votre pédalier.
Panneau des commandes
A ce niveau, les deux pédales sont très basiques. La Voodoo Axe comporte trois boutons rotatifs: drive, output et fatness. Les deux premiers parlent d’eux-mêmes, et ils fonctionnent de la même manière que sur les autres pédales. Quant au contrôle ‘fatness’, il n’agit que sur les fréquences graves. En effet, ce bouton permet de régler les basses fréquences pour qu’elles soient plus ou moins fermes. Les boutons de la Mongoose n’ont même pas de légende, ce qui peut conduire à des confusions. Heureusement, seuls deux boutons sont en présence: un pour le gain et un pour le niveau de sortie.
ERGONOMIE
Architecture
Ce chapitre sera également très court: tous les boutons de ces deux pédales sont très proches les uns des autres, on ne les perdra donc jamais de vue. Petit inconvénient du côté de la Mongoose: les boutons ne sont pas orientés à la verticale, ce qui rend impossible la lecture des réglages quand on est en train de jouer. Pour la Voodoo Axe, les choses sont un peu plus faciles…
Utilisation
On tourne un peu les boutons, puis on écoute… C’est bon? OK, on en reste là! C’est pas bon? On tourne encore un peu, puis on réécoute… Cela reste un plaisir de travailler avec des appareils aussi simples! Il faut ajouter à cela que les deux pédales ont des contrôles très limités, et que donc, il n’y a pas grand-chose à faire à ce niveau…
SON
J’aurais voulu commencer par le concept vintage, mais justement, on se trouve, en quelque sorte, face à une contradiction. En effet, la Voodoo Axe produit un son vintage, mais possède un look moderne; à l’inverse, la Mongoose produit un son moderne, mais possède un look vintage… Mais bon, va pour la Voodoo Axe en premier! On met la pile en place, ce qui est très facile vu que le compartiment ad hoc se trouve à l’avant. Les sons produits par cette pédale correspondent tout à fait à ce que l’on peut attendre d’un fuzz inspiré par Hendrix. Les sons sont agressifs dans les aiguës et “savoureusement sales” dans les médiums. Grâce au réglage de fatness, on peut ajouter des graves selon ses propres goûts. Cette fonction ne figurait pas sur le projet original, et elle sera appréciée en particulier quand on utilise des humbuckers. Ainsi, ces splendides sons graves pourront toujours se “répandre” à l’envi dans vos haut-parleurs. L’étendue du gain de la Voodoo Axe est plutôt limitée, ce qui est normal pour une pédale de fuzz. C’est seulement en association avec les réglages de votre ampli que l’on peut tirer le maximum de cette pédale. S’il y a lieu d’émettre une remarque, c’est certainement de dire qu’un contrôle pour les fréquences aiguës aurait été le bienvenu. Car parfois, ces derniers font cruellement défaut.
Passons maintenant à la Mongoose! Avec le minimum absolu de réglages, on se doute qu’il y a bien peu à régler à cette pédale! Une fois la pile mise en place, allons-y! Ce qui frappe, tant pour la Mongoose que pour la Voodoo Axe, c’est que la pédale “colore” le son, même dans les registres les plus graves. Et tant qu’on parle de gain: l’étendue du gain de la Mongoose, contrairement à celle de la Voodoo Axe, est tout sauf limitée! Les réserves de gain semblent presqu’infinies, de sorte que l’on peut transformer le canal clair d’un ampli sans le moindre problème en un canal à haut gain, aussi “crémeux” que musical, et doté d’un sustain extraordinaire. Le registre grave est spécialement réglé pour les accordages en dessous de la norme, et cela se traduit par un son beaucoup plus “pêchu” et égal dans les graves. Graves qui restent d’ailleurs parfaitement définis, un point qui souffre souvent de critiques pour pas mal d’autres pédales de fuzz. Une autre caractéristique bien particulière de la Mongoose, c’est le voicing de ses médiums. En effet, le son a un petit peu celui d’une talk box ou d’une wahwah. Cela donne au fuzz une meilleure définition, sans pour cela que le son en devienne agressif.
BUDGET
Passons maintenant aux prix. La Mongoose coûte 210 euros, tandis que la Voodoo Axe est un peu plus chère, avec ses 215 euros (ces deux prix sont des prix bruts conseillés, TVA comprise). Cela peut paraître cher pour un seul effet, mais ces prix sont tout sauf exceptionnels dans le petit monde des effets analogiques faits main. Au contraire, certains autres constructeurs poussent leurs prix encore un cran plus haut! La construction des pédales est particulièrement solide, et les sons, eux aussi, sont de très haute qualité. Quant aux possibilités… OK, c’est vrai qu’elles sont plutôt limitées. Mais en général, un fuzz n’est jamais un effet où se retrouvent 36 fonctions et/ou possibilités.
CONCLUSION
Que ce soit la Voodoo Axe ou la Mongoose, les deux pédales “sonnent” parfaitement comme annoncé: la première a un son vintage (avec un gros clin d’œil vers Hendrix), et la seconde, un son moderne, idéal pour tous les passionnés de métal. Bon, il est possible, en lisant cet article, qu’on ait l’impression que la Mongoose soit moins performante que la Voodoo Axe, mais rien n’est moins vrai. Ce qui ressort en tout cas clairement, c’est que la conception “physique” de la Mongoose a demandé plus de réflexion. Mais finalement, chez Roger Mayer, pratiquement chaque effet est disponible dans les deux versions (en forme ‘rocket’ ou en boîtier “normal”). Ainsi, chacun peut choisir quelle version aura sa préférence: soit le boîtier plus moderne (donc, celui de la Voodoo Axe testée ici), avec ses fonctions supplémentaires, soit l’esthétique résolument vintage (comme celle de la Mongoose de notre test), avec ses quelques limites, mais avec son charme particulier.